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On dit qu'il y a moins de miracles aujourd'hui. Ne serait-ce pas que moins d'âmes vivent une vie de foi ? Dieu ne peut pas manquer à sa promesse: Demande, et je te donnerai les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre. Notre Dieu est la Vérité, le fondement de tout ce qui existe. Rien ne s'accomplit sans sa volonté toute-puissante.
Comme il était au commencement, maintenant et pour les siècles des siècles. Le Seigneur est immuable; Il n'a pas besoin de se mouvoir, de partir en quête de ce qu'Il ne possède pas ; Il est Lui-même le mouvement, l'infini de la beauté et l'infini de la grandeur. Aujourd'hui comme hier. Les cieux se dissiperont comme une fumée, la terre s'usera comme un vêtement. Mais mon salut sera éternel et ma justice n'aura pas de fin.
Dieu a établi en Jésus-Christ un alliance nouvelle et éternelle avec les hommes. Il a mis sa toute-puissance au service de notre salut. Quand les créatures ont perdu confiance, quand elles tremblent, faute de foi, alors nous entendons de nouveau la voix d'Isaïe qui nous interpelle au nom du Seigneur: Ma main serait-elle trop courte pour racheter ? N'aurais-je pas la force de sauver ? Par une menace je dessèche la mer, je change les fleuves en déserts; leurs poissons, faute d'eau, sont à sec et meurent de soif. Je revêts les cieux de noir, je les couvre du sac.
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La foi est une vertu surnaturelle qui dispose notre intelligence à adhérer aux vérités révélées, à répondre “ oui au Christ qui nous a révélé dans sa plénitude le plan de salut de la Très Sainte Trinité. Après avoir à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi Il a fait les siècles. Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs.
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Je voudrais que ce soit Jésus qui nous parle de foi, qui nous donne des leçons de foi. Ouvrons donc le Nouveau Testament et revivons avec Lui quelques passages de sa vie. Car Il a jugé bon d'enseigner progressivement ses disciples, pour les amener à s'en remettre avec confiance à la Volonté du Père. Il les enseigne par la parole et par les oeuvres.
Penchons-nous sur le chapitre neuf de l'Evangile selon saint Jean. En passant, Il vit un homme qui était aveugle de naissance. Ses disciples Lui demandèrent: Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Ces hommes, pourtant si proches du Christ, jugent mal ce malheureux aveugle. Ceci pour que vous ne soyez pas étonnés si, au cours de votre vie, en servant l'Eglise, vous voyez des disciples du Seigneur se comporter ainsi à votre égard, ou envers les autres. Peu vous importe: comme l'aveugle, n'en ayez cure et abandonnez-vous sincèrement entre les mains du Christ. Le Christ n'attaque pas, Il pardonne. Il ne condamne pas, Il absout. Loin d'observer avec détachement la maladie, Il applique le remède avec un empressement tout divin.
Notre Seigneur cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, en enduisit les yeux de l'aveugle et lui dit: va te laver à la piscine de Siloé (mot qui signifie: envoyé). L'aveugle s'en alla, il se lava et il revint voyant clair.
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Quelle sûreté exemplaire dans la foi de cet aveugle ! Une foi vive, opérante. Est-ce ainsi que tu réagis aux injonctions de Dieu, aux heures nombreuses où tu es aveugle, où les préoccupations de ton âme te cachent la lumière ? Quel pouvoir recélait donc cette eau pour que les yeux qui en étaient humidifiés soient guéris ? Un mystérieux collyre, un remède extraordinaire, préparé dans l'officine d'un savant alchimiste, aurait mieux fait l'affaire. Mais cet homme croit; il exécute ce que Dieu lui a demandé, et il revient les yeux pleins de lumière.
Il a paru utile écrit saint Augustin en commentant ce passage que l'évangéliste nous précisât la signification du nom de cette piscine, en notant qu'il veut dire “ envoyé . Aujourd'hui, vous savez qui est cet envoyé. Si le Seigneur ne nous avait pas été envoyé, nul d'entre nous n'aurait été libéré du péché.
Nous devons avoir une foi inébranlable en Celui qui nous sauve, en ce divin médecin qui a été justement envoyé pour nous guérir; croire avec d'autant plus de force que notre maladie est grave, voire désespérée.
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Nous avons à acquérir la mesure divine des choses, sans jamais oublier le point de vue surnaturel, sachant bien que Jésus sait utiliser jusqu'à nos misères pour augmenter sa gloire. Voilà pourquoi, quand vous sentirez s'insinuer dans votre conscience le serpent de l'amour-propre, la lassitude, le découragement, le poids des passions, réagissez promptement et écoutez le Maître, sans vous laisser impressionner par la triste réalité qui est en chacun de nous; car, tant que nous vivrons, nos faiblesses nous suivront toujours.
C'est cela, le cheminement du chrétien. D'où la nécessité d'implorer sans cesse, avec une foi humble et vigoureuse: Seigneur, défie-toi de moi ! Alors qu'en Toi, Seigneur, je peux mettre toute ma confiance. Et quand nous pressentirons dans notre âme l'amour, la compassion, la tendresse du regard du Christ Lui qui ne nous abandonne pas , nous comprendrons dans toute leur profondeur les paroles de l'Apôtre: virtus in infirmitate perficitur. Par la foi en Notre Seigneur, malgré nos misères, ou mieux, à cause de nos misères, nous serons fidèles à Dieu Notre Père. Le pouvoir de Dieu resplendira, il nous soutiendra au milieu de notre faiblesse.
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Voici maintenant la guérison d'un autre aveugle, racontée par saint Marc. Comme Il sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un mendiant aveugle, était assis au bord du chemin. Entendant le grand bruit que faisait la foule, l'aveugle demanda: Qu'y a-t-il ? On lui répondit: C'est Jésus de Nazareth. Aussitôt son âme fut embrasée d'une foi dans le Christ si vive qu'il se mit à crier: Fils de David, Jésus aie pitié de moi.
Toi que voilà arrêté au bord du chemin de la vie, qui est si courte, n'as-tu pas envie de crier, toi aussi ? Toi qui manques de lumières, qui as besoin de nouvelles grâces pour te décider à te mettre en marche vers la sainteté, ne ressens-tu pas un besoin irrésistible de crier: Jésus, fils de David, aie pitié de moi. Une belle oraison jaculatoire, à répéter souvent !
Je vous conseille de méditer lentement les instants qui précèdent le prodige, afin de bien graver dans votre esprit cette idée si claire: quelle différence entre le Coeur miséricordieux de Jésus et nos pauvres coeurs ! Cette pensée vous aidera toujours, et plus particulièrement à l'heure de l'épreuve, de la tentation, à l'heure aussi où il faut répondre généreusement aux humbles exigences de la vie quotidienne, à l'heure de l'héroïsme.
Beaucoup rabrouaient Bartimée pour lui imposer silence. Toi aussi, quand tu as senti que Jésus passait près de toi, ton coeur a battu plus fort et tu t'es mis à crier, en proie à une agitation profonde. Alors tes amis, tes habitudes, ton confort, ton milieu t'ont conseillé de te taire, de ne pas crier. “ Pourquoi appeler Jésus ? Ne l'importune pas !
Le malheureux Bartimée, lui, ne les écoutait pas. Il criait au contraire encore plus fort: Fils de David, aie pitié de moi. Le Seigneur, qui l'avait entendu dès le début, le laissa persévérer dans sa prière. Il en va de même pour toi. Jésus perçoit instantanément l'appel de notre âme, mais Il attend. Il veut que nous soyons bien convaincus que nous avons besoin de Lui. Il veut que nous Le suppliions, avec obstination, comme cet aveugle au bord du chemin à la sortie de Jéricho. Imitons-Le. Même si Dieu ne nous accorde pas à l'instant ce que nous Lui demandons, même si la multitude essaie de nous détourner de notre prière, ne cessons pas de L'implorer.
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Jésus s'arrêta et dit: appelez-le. Et les mieux disposés parmi ceux qui l'entourent de dire: Courage ! Lève-toi, Il t'appelle. Voilà la vocation chrétienne ! Mais elle ne se limite pas à un seul et unique appel de Dieu. Dieu s'adresse à nous à chaque instant. Lève-toi nous dit-Il , laisse là ta lâcheté, ton confort, tes égoïsmes mesquins, tes petits problèmes sans importance. Décolle de ce terrain où je te vois vautré, aplati, informe. Prends de la hauteur, du poids, du volume ; acquiers la vision surnaturelle.
Alors cet homme, rejetant son manteau, bondit et vint à Jésus. Il rejette son manteau ! Je ne sais si tu as été à la guerre. Il y a bien des années, il m'est arrivé de parcourir un champ de bataille, quelques heures après la fin du combat. Des capotes, des gourdes, des havresacs pleins de souvenirs de famille lettres, photos d'êtres chers jonchaient le sol. Et ils n'appartenaient pas aux vaincus, mais aux vainqueurs ! Tous ces objets étaient de trop. Ils les empêchaient de courir plus vite et de sauter par-dessus le parapet ennemi. Ainsi fit Bartimée, quand il s'élança vers le Christ.
N'oublie pas cela: pour atteindre le Christ, le sacrifice est indispensable. Se défaire de tout ce qui encombre: manteau, havresac, bidon. C'est ainsi que tu procéderas dans ton combat pour la gloire de Dieu, dans cette lutte amoureuse et pacifique par laquelle nous nous efforçons d'étendre le règne du Christ. Pour servir l'Eglise, le Souverain Pontife, les âmes, tu dois être prêt à renoncer à tout superflu. A te retrouver sans ce manteau qui t'aurait protégé dans les nuits froides, sans ces souvenirs des tiens qui te sont si chers; sans le rafraîchissement de l'eau. Leçon de foi, leçon d'amour. Car c'est ainsi que le Christ doit être aimé.
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C'est alors que s'instaure un dialogue divin, un merveilleux dialogue, qui bouleverse, qui enflamme: car à présent, Bartimée c'est toi, et moi.
Les lèvres divines du Christ s'ouvrent pour poser cette question : Quid tibi vis faciam ? Que veux-tu que je fasse pour toi ? L'aveugle: Maître, que je voie. Quoi de plus logique ! Et toi, es-tu sûr que tu vois ? N'as-tu pas été un jour comme cet aveugle de Jéricho ? Je ne peux oublier que, méditant ce passage, il y a bien des années, et comprenant que Jésus attendait de moi quelque chose quoi ? j'étais loin de l'imaginer alors je dis ces oraisons jaculatoires: “ Seigneur, que veux-tu ? Qu'attends-tu de moi ? Le Seigneur était venu m'appeler pour quelque chose d'autre, j'en avais le pressentiment et ce Rabboni, ut videam Maître, que je voie m'amena à supplier le Christ, à Lui adresser sans relâche cette prière: “ Seigneur, que s'accomplisse ce que Tu veux .
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Priez avec moi le Seigneur: Doce me facere voluntatem tuam, quia Deus meus es tu. Apprends-moi à accomplir ta volonté, parce que Tu es mon Dieu. Bref, nous devons exprimer notre empressement à répondre avec diligence aux demandes de notre Créateur, en nous efforçant de nous conformer à ses desseins avec une foi inébranlable, sûrs qu'Il ne nous abandonnera pas.
Si nous aimons ainsi la Volonté divine, nous comprendrons que la valeur de la foi ne réside pas seulement dans un clair énoncé de celle-ci, mais encore dans notre ardeur à la défendre par des oeuvres: et nous agirons en conséquence.
Mais revenons à la scène qui se déroule sous les murs de Jéricho. C'est à toi, maintenant, que le Christ s'adresse. Il te dit : “ Que veux-tu de moi ? “ Que je voie, Seigneur, que je voie ! Alors Jésus: va, ta foi t'a sauvé. Et aussitôt, il recouvra la vue, et il cheminait à sa suite. Le suivre sur le chemin. Tu as compris ce que le Seigneur te proposait, et tu as décidé de L'accompagner sur le chemin. Tu t'efforces de mettre tes pas dans les siens, de revêtir la robe du Christ, d'être le Christ lui-même. En effet ta foi, cette foi en la lumière que le Seigneur te donne, doit être agissante et se manifester par les oeuvres et par l'esprit de sacrifice. Telle est la foi qu'Il attend de nous: il faut que nous avancions à son rythme, en oeuvrant avec générosité, en déracinant et en jetant au loin tout ce qui entrave notre marche.
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Et voici une autre scène émouvante. Elle nous est racontée par saint Matthieu. Or voici qu'une femme, hémorroïsse depuis douze années, s'approcha par derrière et toucha la frange de son manteau. Quelle humilité que la sienne ! Car elle se disait en elle-même: “ Si seulement je touche son manteau, je serai sauvée. Il y aura toujours de ces malades à la foi vive, comme Bartimée, qui n'hésitent pas à implorer, à crier publiquement leur foi. Remarquez cependant comment, sur le chemin du Christ, il n'y a pas deux âmes semblables. La foi de cette femme est grande elle aussi. Et pourtant, elle se tait. Elle s'approche à l'insu de tous. Il lui suffit de toucher, d'effleurer le vêtement du Christ, et elle est sûre qu'elle sera guérie. A peine l'a-t-elle fait que Notre Seigneur se retourne, et qu'Il la regarde. Déjà, Il a pénétré le secret de ce coeur, Il a jaugé sa conviction: Confiance, ma fille, ta foi t'a sauvée.
Elle toucha délicatement la frange de son manteau, elle s'approcha avec foi, elle crut et elle sut qu'elle venait d'être guérie... Nous aussi, si nous voulons être sauvés, il nous faut toucher avec foi le vêtement du Christ. Comprends-tu maintenant quelle doit être notre foi ? Sois humble. Qui es-tu, qui suis-je pour mériter cet appel du Christ ? Qui sommes-nous, pour être si près de Lui ? Comme à cette pauvre femme dans la multitude, Il nous a offert une occasion. Non d'effleurer, de toucher un instant le bord, la frange de son manteau. Mais c'est Lui-même que nous possédons. Il se donne totalement à nous, avec son Corps, son Sang, son Ame et sa Divinité. Il est notre aliment chaque jour, nous Lui parlons intimement, comme on converse avec le père, comme on dialogue avec l'Amour.
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Travaillons à augmenter notre humilité. Seule une foi humble donnera à notre regard une vision surnaturelle. Il n'y a pas d'autre alternative: vivre d'une vie surnaturelle, ou vivre d'une vie animale. Et toi, et moi, nous ne pouvons vivre que la vie de Dieu, la vie surnaturelle. Que servira-t-il donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il ruine sa propre vie ? A quoi servent à l'homme tout ce qui peuple la terre, toutes les ambitions de l'intelligence et de la volonté ? A quoi bon tout cela, si tout sombre, si toutes les richesses de ce monde terrestre ne sont que décors de théâtres; si c'est ensuite l'éternité pour toujours, pour toujours, pour toujours ?
Cet adverbe “ toujours a fait la grandeur de Thérèse d'Avila. Tout enfant, elle franchit un jour les murailles de la ville, par la porte de l'Adaja, en compagnie de son frère, pour aller au pays des Maures, avec l'espoir qu'ils y seraient décapités pour le Christ; et elle murmurait à l'oreille de son frère, qui se fatiguait sur le chemin: pour toujours, pour toujours, pour toujours.
Les hommes mentent quand ils disent “ pour toujours à propos de leurs affaires temporelles. Seul est vrai, d'une vérité absolue, le “ pour toujours que nous disons devant Dieu. Et c'est ainsi que tu dois vivre, avec une foi qui aura pour toi la saveur du miel, une douceur céleste, lorsque tu penseras à l'éternité qui, elle, est vraiment pour toujours.
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Revenons au saint Evangile, et attardons-nous sur ce que rapporte saint Matthieu au chapitre vingt-et-un. Jésus, comme Il entrait en ville de bon matin, eut faim. Apercevant un figuier près du chemin, Il s'en approcha. Quelle joie, Seigneur, que de te voir affamé, ou encore assoiffé près du puits de Sychar . Je te contemple, perfectus Deus, perfectus homo: vrai Dieu, mais aussi vrai homme. Avec une chair comme la mienne. Il s'est anéanti lui-même, prenant la condition d'esclave, pour que je ne doute jamais de sa compréhension, de son amour.
Il a eu faim. Quand viendra la fatigue lors du travail, de l'étude ou de l'apostolat , quand l'horizon s'obscurcira, alors nous fixerons notre regard sur le Christ: sur ce Jésus plein de bonté, sur ce Jésus harassé, sur ce Jésus qui a faim, sur ce Jésus qui a soif. Comme tu sais Te faire comprendre, Seigneur ! Comme tu sais Te faire aimer ! Tu te montres semblable à nous en tout, sauf pour le péché, pour que nous nous rendions bien compte qu'avec Toi, nous pourrons vaincre nos mauvais penchants, surmonter nos fautes. Qu'importent la lassitude, la faim, les larmes... Le Christ a connu la fatigue, Il a eu faim, Il a eu soif, Il a pleuré. Ce qui importe c'est la lutte une lutte aimable, puisque le Seigneur restera toujours près de nous pour l'accomplissement de la volonté du Père qui est aux cieux.
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Il s'approche du figuier: Il s'approche de toi, 11 s'approche de moi. La faim, la soif d'âmes de Jésus ? Du haut de la croix, Il a crié: sitio ! j'ai soif. Soif de nous, de notre amour, de nos âmes, de toutes les âmes que nous devons amener jusqu'à Lui par le chemin de la croix, qui est le chemin de l'immortalité et de la gloire du Ciel.
Il s'approcha du figuier, mais Il n'y trouva rien que des feuilles. Quelle tristesse. En est-il ainsi dans notre vie ? N'est-il pas vrai, hélas, qu'il y manque la foi, la vibration de l'humilité, qu'on n'y trouve ni sacrifices ni oeuvres ? N'est-il pas vrai que seule la façade est chrétienne, et que les fruits sont absents ? Terrible constatation. Jésus en effet ordonne : Jamais plus tu ne porteras de fruit. Et à l'instant même, le figuier devint sec. Si ce passage de l'Ecriture Sainte nous attriste, il nous incite en même temps à raviver notre foi, à vivre selon la foi, afin de n'avoir que des gains à présenter au Christ.
Prenons-y garde: Notre Seigneur ne dépendra jamais de nos constructions humaines. Les projets les plus ambitieux ne sont à ses yeux que jeux d'enfants. Ce qu'II veut, ce sont les âmes, c'est notre amour. Il veut que tous les hommes accourent, afin de jouir pour l'Eternité de son Royaume. Nous devons travailler beaucoup sur cette terre et nous devons travailler bien. Parce que c'est ce travail ordinaire qui est à sanctifier. Mais n'oublions jamais de réaliser notre travail pour Dieu. Si nous le faisions pour nous-mêmes, par orgueil, nous ne produirions qu'un feuillage inutile. Sur un tel arbre, ni Dieu ni les hommes ne pourraient trouver de fruit.
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A la vue du figuier devenu sec, les disciples dirent tout étonnés: “ Comment, en un instant, le figuier est-il devenu sec ? Ces douze de la première heure, qui ont pourtant assisté à tant de miracles du Christ, sont une fois de plus stupéfaits ; ils n'ont pas encore une foi ardente. Voilà pourquoi le Seigneur nous assure: En vérité je vous le dis, si vous avez une foi qui n'hésite point, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais, si vous dites à cette montagne : soulève-toi et jette-toi dans la mer, cela se fera. Jésus-Christ pose comme condition que nous vivions de la foi: alors nous serons capables de déplacer des montagnes. Il y a tant de choses à déplacer dans le monde, et d'abord... dans notre coeur. Tant d'obstacles à la grâce ! Alors, ayez la foi et les oeuvres. La foi et l'esprit de sacrifice, la foi et l'humilité. La foi fait de nous des créatures toutes-puissantes: Et tout ce que vous demanderez dans une prière pleine de foi, vous l'obtiendrez
L'homme de foi sait juger à leur juste valeur les choses de la terre, il sait que notre passage ici-bas n'est pour reprendre un mot de Thérèse d'Avila qu'une mauvaise nuit dans une mauvaise auberge. Il renforce sa conviction que notre existence sur la terre est un temps de travail et de lutte, un temps de purification destiné à nous acquitter de nos dettes envers la justice divine, à cause de nos péchés. Il sait aussi que les biens temporels sont des moyens, auxquels il a recours avec générosité, avec héroïsme.
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La foi n'est pas destinée uniquement à être prêchée: elle doit être essentiellement mise en pratique. Souvent peut-être, les forces nous manqueront. Mais alors j'en reviens à l'Evangile comportez-vous comme le père du jeune épileptique. Il désire que son fils soit guéri, il espère que le Christ le guérira, et pourtant il ne va pas jusqu'à croire en un pareil bonheur. Mais Jésus, qui demande toujours la foi, va au devant des doutes qu'Il lit au fond de cette âme: Si tu peux !... Tout est possible à celui qui croit. Tout est possible: nous sommes tout-puissants... mais avec la foi. Or cet homme sent sa foi fléchir. Il craint que son manque de confiance empêche la guérison de son fils. Alors il pleure. N'ayons pas honte de ce genre de larmes: elles sont le fruit de l'amour de Dieu, de la prière repentante, de l'humilité. Aussitôt, le père de l'enfant de s'écrier, en pleurant: Je crois, viens en aide à mon peu de foi.
Adressons-Lui, nous aussi, ces paroles, en terminant ce moment de méditation. Seigneur, je crois. J'ai appris à croire en Toi, et j'ai décidé de Te suivre de près. Souvent, au cours de ma vie, j'ai imploré ta miséricorde. Et souvent, aussi, je n'ai pas cru que tu puisses engendrer tant de merveilles dans le coeur de tes enfants. Seigneur, je crois ! Mais aide-moi à croire, encore plus, encore mieux !
Adressons enfin cette prière à Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, modèle de foi: Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur.
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