Josemaría Escrivá Obras
 
 
 
 
 
 
  Amis de Dieu > Vie de prière > Chap 15
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Chaque fois que nous ressentons en nos cœurs le désir de nous améliorer, le désir de répondre au Seigneur avec une plus grande générosité et que nous cherchons un guide, un point de repère sûr qui serve à notre vie de chrétien, l’Esprit Saint nous remet en mémoire ces paroles de l’Évangile : Puis il leur dit une parabole sur ce qu’il leur fallait toujours prier sans jamais se lasser. La prière est le fondement de toute œuvre surnaturelle ; avec la prière nous sommes tout-puissants et, s’il nous arrivait de négliger ce moyen, nous n’obtiendrions rien.

J’aimerais que dans notre méditation d’aujourd’hui, nous nous persuadions une fois pour toutes de la nécessité de nous préparer à être des âmes contemplatives, en pleine rue, au milieu de notre travail, d’entretenir avec Dieu une conversation qui ne doit pas fléchir tout au long de la journée. C’est là le seul chemin si nous prétendons marcher loyalement sur les pas du Maître.


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Tournons les yeux vers Jésus-Christ, notre modèle, le miroir dans lequel nous devons nous regarder. Comment se comporte-t-il, même extérieurement, dans les grands moments ? Que nous dit de lui le Saint Évangile ? Cette façon habituelle qu’a le Christ d’accourir au Père avant d’accomplir ses grands miracles m’émeut ; comme l’exemple qu’iI nous laisse, lorsqu’il se retire au désert quarante jours et quarante nuits pour prier, avant de commencer sa vie publique.

Il est très important, pardonnez mon insistance, de garder les yeux fixés sur les pas du Messie, car il est venu nous montrer le chemin qui mène au Père. Nous découvrirons avec lui la manière de donner un relief surnaturel aux activités qui sont en apparence les plus petites ; nous apprendrons à donner à chaque instant une vibration d’éternité et nous comprendrons plus parfaitement pourquoi la créature a besoin de ces moments de conversation intime avec Dieu : pour lui parler, pour l’invoquer, pour le louer, pour éclater en actions de grâces, pour l’écouter ou simplement pour être avec lui.

Considérant, il y a de nombreuses années déjà, cette façon d’agir de mon Seigneur, je suis arrivé à la conclusion que l’apostolat, quel qu’il soit, n’est que le débordement de la vie intérieure. C’est pourquoi le passage qui raconte comment le Christ a décidé de choisir pour toujours ses douze premiers disciples me paraît à la fois si naturel et si surnaturel. Saint Luc rapporte qu’il commença par passer toute la nuit à prier Dieu. Observez-le aussi à Béthanie, quand il se prépare à ressusciter Lazare, après avoir pleuré son ami, il lève les yeux au ciel et s’écrie : Père, je te rends grâces de m’avoir exaucé. Tel fut son enseignement précis : si nous voulons aider les autres, si nous prétendons sincèrement les pousser à découvrir le sens véritable de leur destinée terrestre, nous devons nous appuyer sur la prière.


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Les scènes où Jésus-Christ parle à son Père sont si nombreuses qu’il n’est pas possible de nous arrêter à chacune d’entre elles. Mais il me semble que nous ne pouvons pas omettre de considérer les heures si intenses qui précèdent sa Passion et sa Mort, alors qu’il se prépare à consommer le Sacrifice qui va nous réconcilier avec l’Amour divin. Dans l’intimité du Cénacle, son Cœur s’épanche : il s’adresse au Père en suppliant, il annonce la venue du Saint-Esprit et encourage les siens à une ferveur continuelle dans la charité et la foi.

Ce recueillement ardent du Rédempteur se poursuit à Gethsémani, quand il pressent l’imminence de la Passion, avec son cortège d’humiliations et de douleurs, avec cette dure Croix, le gibet des malfaiteurs, qu’il a désirée ardemment. Père, disait-iI, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Et aussitôt : Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! Plus tard, fixé au bois de la Croix, seul, les bras ouverts dans un geste de prêtre éternel, il poursuit le même dialogue avec son Père : Père, je remets mon esprit entre tes mains..


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Contemplons maintenant sa Mère bénie, qui est aussi notre Mère. Au Calvaire, à côté du gibet, elle prie. Ce n’est pas là une attitude nouvelle chez Marie. Elle ne s’est jamais comportée différemment, quand elle remplissait ses devoirs, en s’occupant de sa maison. Au milieu de ses occupations courantes, elle demeurait attentive à Dieu. Le Christ, perfectus Deus, perfectus homo, a voulu que sa Mère qui est la plus éminente des créatures, celle qui est pleine de grâces, nous affermît elle aussi dans ce désir d’élever toujours notre regard vers l’amour divin. Rappelez-vous la scène de l’Annonciation : l’archange vient délivrer son message divin (l’annonce qu’elle serait Mère de Dieu) ; il la trouve en prière. Marie est entièrement recueillie quand saint Gabriel la salue : Salut, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi. Quelques jours plus tard, elle laisse éclater sa joie dans le Magnificat : ce chant marial, que l’Esprit Saint nous a transmis grâce à la minutieuse fidélité de saint Luc, est le fruit des rapports habituels de la très Sainte Vierge avec Dieu.

Notre Mère a longuement médité les paroles des saints, ces hommes et ces femmes de l’Ancien Testament qui attendaient le Seigneur, ainsi que les événements auxquels ils ont été mêlés. Elle s’est émue devant cette succession de prodiges, devant le débordement de la miséricorde de Dieu pour un peuple si souvent ingrat. Cette tendresse divine, constamment renouvelée, fait jaillir ces mots de son cœur immaculé : Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante. Les fils de cette bonne Mère que sont les premiers chrétiens ont appris cela d’elle ; nous aussi nous pouvons, et nous devons, l’apprendre.


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Une scène des Actes des Apôtres m’enchante, parce qu’elle rapporte un exemple clair, toujours actuel. Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. C’est une remarque qui se retrouve très fréquemment dans le récit de la vie des premiers disciples du Christ : Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière. Et lorsque Pierre est emprisonné parce qu’il prêchait audacieusement la vérité, ils décident de prier. La prière de l’Église s’élevait pour lui vers Dieu sans relâche.

La prière était, à cette époque comme aujourd’hui, la seule arme, le moyen le plus puissant pour vaincre dans les batailles de la lutte intérieure : Quelqu’un parmi vous souffre-t-il ? Qu’il prie. Et saint Paul de résumer : Priez sans cesse, ne vous fatiguez jamais d implorer.


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Comment prier ? J’ose affirmer, sans crainte de me tromper, qu’il y a beaucoup de manières de prier, un nombre presque infini de façons. Mais je voudrais que la nôtre soit la véritable prière des enfants de Dieu, non le verbiage des hypocrites qui entendront Jésus leur dire : Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur », qu’on entrera dans le Royaume des cieux. Ceux qui agissent avec hypocrisie peuvent peut-être reproduire le bruit de la prière — écrivait saint Augustin —, mais non sa voix, parce qu’il y manque la vie, et que le désir d’accomplir la Volonté du Père fait défaut. Quand nous crions “ Seigneur ” ayons vraiment la volonté de faire passer dans la réalité les motions intérieures que le Saint-Esprit éveille en notre âme.

Nous devons nous efforcer de ne rien laisser en nous qui soit l’ombre d’une duplicité. Or, la première condition pour chasser ce mal que le Seigneur condamne durement, c’est d’essayer de maintenir une disposition claire, habituelle et actuelle d’aversion pour le péché. Nous devons éprouver dans notre coeur et dans notre intelligence une horreur forte et sincère du péché grave. Une attitude profondément enracinée en nous doit être aussi de détester le péché véniel délibéré, ces défaillances qui ne nous privent pas de la grâce mais qui affaiblissent les canaux par lesquels celle-ci arrive jusqu’à nous.


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Je ne me suis jamais lassé de parler de prière et, grâce à Dieu, je ne m’en lasserai jamais. Aux alentours de , des gens de toutes conditions, étudiants, ouvriers, bien-portants et malades, riches et pauvres, prêtres et laïcs, s’approchaient du jeune prêtre que j’étais, pour tenter d’accompagner de plus près le Seigneur. Je leur donnais toujours ce conseil : priez. Et si l’un d’entre eux me répondait : je ne sais même pas comment commencer, je lui recommandais de se mettre en la présence du Seigneur et de lui dévoiler son inquiétude, son angoisse, avec cette même plainte : Seigneur, je ne sais pas ! Et c’est souvent dans ces humbles confidences que se nouaient des rapports assidus avec le Christ, que s’établissait l’intimité avec lui.

Bien des années après, je ne connais pas d’autre recette. Si tu ne t’estimes pas prêt, accours à Jésus comme ses disciples accouraient à lui : Seigneur, apprends-nous à prier. Tu verras combien l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, que l’on ne peut pas raconter, car aucune description ne peut en faire connaître la profondeur avec exactitude.

Quelle assurance doit nous donner la Parole divine ! Je n’invente rien quand je ne cesse de répéter inlassablement ce conseil dans l’exercice de mon ministère sacerdotal. Il sort tout droit de la Sainte Écriture où je l’ai appris : Seigneur, je ne sais pas m’adresser à toi ! Seigneur, apprends-moi à prier ! C’est alors qu’on ressent l’assistance amoureuse du Saint-Esprit, lumière, feu, vent impétueux, qui fait jaillir la flamme et la rend propre à allumer des incendies d’amour.


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Nous nous sommes déjà engagés sur la voie de la prière. Comment continuer ? N’avons-nous pas remarqué comment bien des gens, hommes et femmes, semblent se parler à eux-mêmes et s’écouter avec complaisance ? C’est un flot de paroles presque continu, un monologue où ils reviennent inlassablement sur les problèmes qui les préoccupent, sans vraiment tenter de les résoudre, seulement mus peut-être par le désir morbide d’attirer la pitié ou l’admiration. Ils paraissent ne rien désirer de plus.

Si nous voulons vraiment épancher notre cœur, sans perdre la franchise et la simplicité, nous chercherons le conseil de personnes qui nous aiment, qui nous comprennent : on parle avec son père, avec sa mère, avec sa femme, avec son mari, avec son frère, avec son ami. C’est déjà là un dialogue, bien que souvent nous désirions plus nous épancher, raconter ce qui nous arrive, qu’écouter. Commençons à nous conduire de la sorte avec Dieu, certains qu’il nous écoute et qu’il nous répond. Écoutons-le attentivement, et ouvrons notre conscience à une humble conversation, pour lui rapporter avec confiance tout ce qui résonne dans notre tête et dans notre cœur : joies, tristesses, espérances, chagrins, succès, échecs, et jusqu’aux plus petits détails de notre journée. Parce que nous nous serons rendus compte que tout ce qui nous concerne intéresse notre Père céleste.


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Repoussez, si elle se présente, la lâcheté, l’idée erronée que la prière peut attendre. Ne reportons jamais cette source de grâces. C’est maintenant le bon moment. Dieu, qui regarde avec amour toute notre journée, préside à notre prière intime : toi et moi, je l’affirme à nouveau, nous devons nous confier à lui comme on se confie à un frère, à un ami, à un père. Dis-lui — je le lui dis — qu’il est toute Grandeur, toute Bonté, toute Miséricorde. Et ajoute : c’est pourquoi je veux m’éprendre de toi, malgré la rudesse de mes manières, de ces pauvres mains que voici, usées et écorchées aux sentiers ardus et poussiéreux de la terre.

Ainsi nous marcherons, presque sans nous en rendre compte, une allure divine, ferme et vigoureuse, avec au cœur la conviction intime que, près du Seigneur, même la douleur, l’abnégation, les souffrances sont aimables. Quelle force, pour un enfant de Dieu, de se savoir si près de son Père ! Aussi, quoi qu’il arrive, suis-je inébranlable, sûr avec toi, mon Seigneur et mon Père, qui es mon rocher et ma force.


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Tout cela semblera peut-être familier à certains ; nouveau à d’autres ; ardu pour tous. Quant à moi, je ne cesserai de prêcher, jusqu’à mon dernier souffle, l’absolue nécessité d’être une âme de prière, et cela toujours, en n’importe quelle occasion et dans les circonstances les plus diverses, car Dieu ne nous abandonne jamais. Il n’est pas chrétien de ne penser à l’amitié de Dieu exclusivement comme un ultime recours. Peut-il nous paraître normal d’ignorer ou de mépriser les personnes que nous aimons ? Évidemment non. Nos paroles, nos désirs, nos pensées vont continuellement vers ceux que nous aimons : c’est comme une présence continuelle. Il doit en être de même pour Dieu.

Cette recherche du Seigneur fait de toute notre journée une conversation intime et confiante. Je l’ai affirmé, je l’ai écrit bien souvent, et peu m’importe de le répéter, car notre Seigneur nous a fait savoir par son exemple que c’est le comportement le plus sûr : prier constamment, du matin au soir et du soir au matin. Quand tout se fait facilement : merci, mon Dieu ! Quand arrive un moment difficile : Seigneur, ne m’abandonne pas ! Et Dieu, doux et humble de cœur, n’oubliera pas nos supplications et ne restera pas non plus indifférent : Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira.

Efforçons-nous donc, en cherchant Dieu derrière chaque événement, de ne jamais perdre le point de vue surnaturel : dans ce qui est agréable et dans ce qui l’est moins, dans le réconfort... et dans l’affliction que nous cause la mort d’un être cher. Avant tout, parle à Dieu ton Père, en cherchant le Seigneur au centre de ton âme. Il n’y a là rien de futile ou de ridicule : c’est au contraire la manifestation évidente d’une vie intérieure constante, d’un véritable dialogue d’amour. Cette pratique ne peut produire en nous aucune déformation psychologique : elle doit être aussi naturelle pour un chrétien que le battement du cœur.


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Les prières vocales se sertissent comme des joyaux sur ce canevas, sur cette foi chrétienne en actes. Formules divines : Notre Père..., Je vous salue, Marie..., Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Couronne de louanges à Dieu et à notre Mère, constituée par le Saint Rosaire et par tant d’autres acclamations pleines de piété que nos frères chrétiens ont récitées depuis toujours.

Saint Augustin commente un verset du Psaume  : Seigneur, aie pitié de moi, parce que j’ai crié vers toi tout le jour, non pas un jour seulement. Et il écrit : Par « tout le jour » il entend « tout le temps, sans cesse... » Un seul et même homme parvient jusqu’à la fin du monde ; car ce sont les mêmes membres du Christ qui appellent : quelques-uns reposent déjà en lui, d’autres l’invoquent maintenant et d’autres l’imploreront quand nous serons morts, et après eux d’autres continueront de le supplier. La possibilité de participer à cet hommage au Créateur, qui se perpétue à travers les siècles, ne vous émeut-elle pas ? Que l’homme est grand quand il se reconnaît la créature préférée de Dieu et qu’il accourt à lui, tota die, à chaque moment de son pèlerinage terrestre !


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Notre journée ne devrait pas être exempte de moments spécialement consacrés à parler à Dieu, moments où notre pensée s’élève vers lui, où les mots n’ont pas besoin de venir aux lèvres, parce qu’ils chantent déjà dans notre cœur. Réservons à cette pratique de piété un temps suffisant ; à heure fixe, si possible ; près du Tabernacle, en tenant compagnie à celui qui est resté là par Amour. Et s’il n’est pas possible de faire autrement, n’importe où, car notre Dieu se trouve de façon ineffable dans notre âme en état de grâce. Je te conseille néanmoins d’aller à l’oratoire chaque fois que tu le peux : si je ne l’appelle pas chapelle, c’est pour mieux marquer que ce lieu ne requiert pas une attitude officielle, propre aux cérémonies, mais bien plutôt une élévation de ton esprit vers le ciel, dans le recueillement et l’intimité, avec la conviction que Jésus-Christ nous voit, nous entend et nous attend ; qu’il se tient au milieu de nous dans le tabernacle où, caché sous les espèces sacramentelles, il est réellement présent.

Chacun d’entre vous peut, s’il le veut, trouver sa voie personnelle pour cette conversation avec Dieu. Je n’aime pas parler de méthodes ni de formules, parce que je n’ai jamais voulu contraindre personne à se plier à un modèle : je me suis efforcé d’encourager tout le monde à s’approcher du Seigneur, en respectant chaque âme telle qu’elle est, avec ses caractéristiques personnelles. Demandez-lui de faire pénétrer ses desseins dans votre vie, non seulement dans votre tête mais aussi au plus profond de votre cœur et dans toute votre activité extérieure. Je vous assure que vous vous épargnerez ainsi une grande partie des ennuis et des peines de l’égoïsme et que vous vous sentirez la force de répandre le bien autour de vous. Combien de contrariétés disparaissent, quand nous nous plaçons intérieurement tout près de notre Dieu, lui qui ne nous abandonne jamais ! Avec des nuances différentes, c’est cet amour de Jésus envers les siens, envers les malades, envers les infirmes qui se renouvelle, de Jésus qui demande : que t’arrive-t-il ? Il m’arrive que... Et aussitôt vient la lumière ou, au moins, l’acceptation et la paix.

En t’invitant à ces confidences avec le Maître, je fais spécialement allusion à tes difficultés personnelles, parce que la plupart des obstacles à notre bonheur naissent d’un orgueil plus ou moins caché. Nous nous estimons d’une valeur exceptionnelle, doués de qualités extraordinaires ; et, lorsque les autres ne pensent pas ainsi, nous nous sentons humiliés. Excellente occasion pour accourir à la prière et pour rectifier, certains qu’il n’est jamais trop tard pour changer de direction. Il est très bon cependant d’amorcer ce changement de cap le plus tôt possible.

Dans la prière l’orgueil peut, avec l’aide de la grâce, se transformer en humilité. Alors la véritable joie surgit dans l’âme, quand bien même nous remarquerions encore de la boue sur nos ailes, la fange de notre pauvre misère qui est en train de sécher. Cette boue tombera plus tard avec la mortification, et nous pourrons voler très haut, parce que le vent de la miséricorde de Dieu nous sera favorable.


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Comprenons que le Seigneur n’aspire qu’à nous entraîner dans un sillage merveilleux, divin et humain tout à la fois, fait d’abnégation joyeuse, de bonheur mêlé de douleur et d’oubli de soi. Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même. Ce conseil, nous l’avons tous entendu. Nous devons nous déterminer à le suivre vraiment, afin que le Seigneur puisse se servir de nous et qu’à tous les carrefours du monde où nous nous trouvions, nous-mêmes bien appuyés sur Dieu, nous soyons sel, levain et lumière. Toi en Dieu, pour illuminer, pour donner de la saveur, pour faire lever la pâte et pour servir de ferment.

Mais n’oublions pas pour autant que ce n’est pas nous qui créons cette lumière : nous ne faisons que la refléter. Ce n’est pas nous qui sauvons les âmes en les poussant à bien agir : nous ne sommes que des instruments, plus ou moins dignes, des desseins salutaires de Dieu. S’il nous arrivait un jour de penser que le bien que nous faisons est notre œuvre, l’orgueil reviendrait en force, pire encore, le sel perdrait sa saveur, le levain pourrirait et la lumière deviendrait ténèbres.


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Quand, au cours de ces trente années de sacerdoce, j’ai insisté avec ténacité sur la nécessité de la prière, sur la possibilité de convertir notre existence en une clameur incessante, certains m’ont demandé : est-il possible d’agir toujours ainsi ? Oui, c’est possible. Cette union avec notre Seigneur ne nous écarte pas du monde, ne nous transforme pas en êtres bizarres, étrangers au temps qui passe.

Si Dieu nous a créés, s’il nous a rachetés, s’il nous aime jusqu’à livrer son Fils unique pour nous, s’il nous attend, chaque jour ! comme le père de la parabole attendait son enfant prodigue, comment ne désirerait-il pas que nous le fréquentions amoureusement ? Ce qui serait étrange, ce serait de ne pas parler à Dieu, de s’écarter de lui, de l’oublier, d’agir en tournant le dos aux appels ininterrompus de la grâce.


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En outre, je voudrais que vous compreniez que personne n’échappe au mimétisme. Les hommes sont poussés, même inconsciemment, par un désir continuel de s’imiter les uns les autres. Et nous, allons-nous négliger cette invitation à imiter Jésus ? Chaque individu s’efforce petit à petit de s’identifier à ce qui l’attire, au modèle qu’il s’est choisi pour y rapporter sa conduite. Notre façon de nous comporter dépend de l’idéal que chacun d’entre nous se forge. Le Christ est notre maître : le Fils de Dieu, la Seconde Personne de la Très Sainte Trinité. En imitant le Christ, nous gagnons le droit incomparable de participer à ce courant d’amour qu’est le mystère du Dieu unique en trois Personnes.

Si parfois vous vous trouvez sans force pour suivre les traces de Jésus-Christ, échangez des mots d’amitié avec ceux qui ont vécu à ses côtés quand il était sur cette terre. En premier lieu Marie qui l’a mis au monde pour nous. Et aussi les apôtres. Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer durant la fête. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette requête : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André : André et Philippe vont le dire à Jésus. Cela n’est-il pas encourageant ? Ces étrangers n’osent pas se présenter au Maître et se cherchent un bon intercesseur.


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Tu imagines que tes péchés sont si nombreux que le Seigneur ne pourra pas t’écouter ? Il n’en est rien, car le Seigneur est plein de miséricorde. Si, en dépit de cette merveilleuse vérité, tu ressens le poids de ta misère, dis comme le publicain : Seigneur, me voici ; à toi de voir ! Et observez ce que nous raconte saint Matthieu, quand on amène un paralysé devant Jésus. Ce malade ne fait aucun commentaire : il est là, sans plus, en présence de Dieu. Le Christ est ému de cette contrition, de la douleur de celui qui sait ne rien mériter. Il ne tarde pas à faire preuve de sa miséricorde habituelle : Confiance, mon enfant, tes péchés sont remis.

Dans ta prière, je te conseille d’intervenir dans les scènes de l’Évangile, comme un personnage de plus. Représente-toi d’abord la scène ou le mystère, qui te servira à te recueillir et à méditer. Ensuite mets à contribution ton intelligence pour contempler un trait de la vie du Maître : son Cœur attendri, son humilité, sa pureté, son accomplissement de la Volonté du Père. Puis raconte-lui ce qui t’arrive d’ordinaire dans ce domaine, ce qui se passe chez toi, en ce moment. Demeure attentif. Il voudra peut-être t’indiquer quelque chose : c’est alors que viendront les motions intérieures, les découvertes, les reproches.


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Pour orienter le cours de ma prière j’ai coutume —peut-être cela aidera-t-il aussi l’un d’entre vous — de matérialiser ce qui est le plus spirituel. Notre Seigneur utilisait déjà ce procédé. Il aimait enseigner en paraboles tirées du milieu qui l’entourait : le pasteur et les brebis, la vigne et les sarments, la barque et les filets, la semence que le semeur lance à la volée...

La Parole de Dieu est tombée dans notre âme. Quelle sorte de terre lui avons-nous préparée ? Les pierres y abondent-elles ? Est-elle étouffée par les épines ? Peut-être est-ce un lieu foulé par trop de pas humains, petits, mesquins ? Seigneur, fais que ma parcelle soit une bonne terre, fertile, exposée généreusement à la pluie et au soleil ; que ta semence y prenne racine : qu’elle produise des épis mûrs, du bon blé.

Je suis le cep : vous êtes les sarments. Le mois de septembre est arrivé et les ceps sont chargés de pousses longues, minces, souples et noueuses, pleines de fruits, déjà prêtes pour la vendange. Regardez ces sarments alourdis de la sève qu’ils ont reçue du tronc : grâce à elle les minuscules pousses d’il y a quelques mois se sont transformées en une pulpe douce et mûre, qui comblera de joie les yeux et le cœur des hommes. Peut-être reste-t-il par terre quelques brindilles éparses, à demi enterrées. C’était aussi des sarments, mais secs, desséchés au soleil d’août. Ils sont le symbole le plus parlant de la stérilité. Car hors de moi vous ne pouvez rien faire.

Le trésor. Pensez à la joie immense de celui qui a la chance de le trouver. Les gênes, les angoisses ont pris fin. Il vend tout ce qu’il possède et achète ce champ. Son cœur tout entier bat là où est cachée sa richesse. Le Christ est notre trésor : jeter par-dessus bord tout ce qui est inutile pour pouvoir le suivre ne doit pas nous coûter. Et la barque, délestée de tout ce qui est inutile, filera droit vers ce port tranquille qu’est l’Amour de Dieu.


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Je répète qu’il y a mille façons de prier. Les enfants de Dieu n’ont pas besoin d’une méthode, toute faite et conventionnelle, pour s’adresser à leur Père. L’amour est inventif, ingénieux ; si nous aimons, nous saurons découvrir des chemins personnels, intimes, qui nous amènent au dialogue continuel avec le Seigneur.

Fasse Dieu que tout ce que nous avons contemplé aujourd’hui ne passe pas au-dessus de notre âme comme un orage d’été : quatre gouttes, puis le soleil, et de nouveau la sécheresse. Cette eau divine doit former une nappe, parvenir jusqu’aux racines et produire des fruits de vertu. Nos années, jours de travail et de prière, s’écouleront ainsi en la présence du Père. Et si nous faiblissons, recourons à l’amour de Sainte Marie, Maîtresse de prière et à saint Joseph, notre Père et Seigneur, que nous vénérons tant, car c’est lui qui, en ce monde, a été le plus proche de la Mère de Dieu et, après Sainte Marie, de son Divin Fils. Tous les deux présenteront à Jésus notre faiblesse, pour qu’il la transforme en force.


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