Josemaría Escrivá Obras
 
 
 
 
 
 
  Amis de Dieu > Afin que tous les hommes soient sauvés > Chap 16
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La vocation chrétienne, cet appel personnel du Seigneur, nous amène à nous identifier à lui. Mais, ne l’oublions pas, c’est pour racheter tous les hommes qu’il est venu au monde parce qu’il veut que tous les hommes soient sauvés. Il n’y a point d’âme qui n’intéresse le Christ. Chacune d’elles lui a coûté le prix de son sang.

Lorsque je considère cela, la conversation des apôtres avec le Maître, quelques instants avant le miracle de la multiplication des pains me revient en mémoire. Une grande foule avait accompagné Jésus. Le Seigneur lève les yeux et demande à Philippe : Où achèterons-nous du pain pour donner à manger à tous ces gens ? Philippe, après un rapide calcul répond : Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun en ait un petit morceau. Ils ne possèdent pas cet argent et doivent recourir à une solution de fortune : Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : il y a ici un enfant, qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?


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Nous voulons suivre le Seigneur et nous désirons propager sa Parole. Humainement parlant, il est logique que nous nous demandions aussi : que sommes-nous pour tant de personnes ? Bien que nous nous comptions par millions, comparés au nombre d’habitants de la terre nous sommes peu nombreux. C’est pourquoi nous devons nous considérer comme un peu de levure préparée et prête à faire du bien à l’humanité tout entière, nous souvenant de ces mots de l’Apôtre : Un peu de levain fait lever toute la pâte, la transforme. Nous devons apprendre à être ferment, levain, pour changer et transformer la foule.

Le ferment est-il, par nature, meilleur que la pâte ? Non. Mais le levain constitue le moyen de travailler la pâte et d’en faire un aliment comestible et sain.

Pensez un peu, ne serait-ce que d’une manière générale, à l’efficacité du ferment dans la confection du pain, aliment de base, tout simple, à la portée de tous. Ici et là — peut-être en avez-vous été témoin — la préparation de la fournée constitue une véritable cérémonie qui aboutit à un résultat merveilleux, savoureux, appétissant.

L’on choisit de la bonne farine, si possible de la meilleure qualité. On travaille la pâte dans le pétrin pour la mélanger au ferment, en un long et patient travail. On la laisse ensuite reposer, condition indispensable pour que le levain remplisse sa fonction et fasse lever la pâte.

Entre-temps le feu brûle dans le four, alimenté par le bois qui se consume. Et cette masse, soumise à la chaleur de la flamme, donne un pain frais, moelleux, d’excellente qualité : résultat qu’il aurait été impossible d’obtenir sans l’intervention du levain — une petite quantité suffit — qui s’est dissout, qui a disparu entre les autres éléments, dans un processus efficace et qui passe inaperçu.


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Si nous méditons ce texte de saint Paul avec sens surnaturel, nous comprendrons qu’il n’y a pas d’autre solution que de travailler au service de toutes les âmes, sinon nous nous comporterions de façon égoïste. Si nous considérons notre vie avec humilité, nous verrons clairement que le Seigneur nous a donné, en plus de la grâce de la foi, talents et qualités. Aucun d’entre nous n’est fait en série : notre Père nous a créés un à un et il a réparti divers biens entre ses enfants. Nous devons mettre ces talents, ces qualités, au service de tous : utiliser ces dons de Dieu comme des instruments pour les aider à découvrir le Christ.

Ne prenez pas ce désir pour un ajout artificiel destiné à entourer d’un filigrane notre condition de chrétien. Si le levain ne fermente pas, il pourrit. Il peut disparaître sans faire lever la pâte, mais il se peut aussi qu’il se gaspille dans l’inefficacité et l’égoïsme. Nous ne rendons aucun service à Dieu notre Seigneur quand nous le faisons connaître aux autres : Prêcher l’Évangile n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe, en vertu du commandement de Jésus-Christ ; oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l’Évangile.


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Voici : je vais envoyer quantité de pêcheurs — oracle de Yahvé — qui les pêcheront . Il nous précise ainsi notre grande mission : la pêche. On dit ou on écrit parfois que le monde est comme une mer. Il y a du vrai dans cette comparaison. Dans la vie humaine, comme dans la mer, il existe des périodes de calme et de tempête, de tranquillité et de vents violents. Les hommes se trouvent fréquemment dans des eaux amères, parmi de grandes vagues ; ils avancent au milieu des orages, tristes navigateurs, même quand ils semblent joyeux, voire exubérants : leurs éclats de rire cherchent à dissimuler leur découragement, leur déception, leur vie sans charité ni compréhension. Ils se dévorent les uns les autres, comme les poissons.

Faire en sorte que tous les hommes entrent, de plein gré, dans les filets divins et s’aiment les uns les autres, voilà la tâche des enfants de Dieu. Si nous sommes chrétiens, nous devons nous transformer en ces pêcheurs que décrit le prophète Jérémie à l’aide d’une métaphore que Jésus-Christ a également employée à plusieurs reprises : Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes, dit-il à Pierre et à André.


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Nous allons accompagner le Christ dans cette pêche divine. Jésus est au bord du lac de Génésareth et les gens se bousculent autour de lui, désireux d’écouter la parole de Dieu. Comme aujourd’hui ! Ne le voyez-vous pas ? Les gens désirent entendre le message de Dieu, bien qu’ils le dissimulent extérieurement. Certains ont peut-être oublié la doctrine du Christ ; d’autres, sans que ce soit de leur faute, ne l’ont jamais apprise, et considèrent la religion comme quelque chose qui n’est pas fait pour eux. Mais soyez convaincus d’une réalité toujours actuelle : tôt ou tard le moment arrive où l’âme n’en peut plus, où les explications habituelles ne lui suffisent plus, où les mensonges des faux prophètes ne la satisfont plus. Alors, sans l’admettre encore, ces personnes ont besoin d’apaiser leur inquiétude avec la doctrine du Seigneur.

Laissons parler saint Luc : Il vit deux barques arrêtées sur les bords du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Il monta dans l’une des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu du rivage ; puis, s’asseyant, de la barque il enseignait les foules. Quand il eut terminé sa catéchèse, il ordonna à Pierre : Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche. C’est le Christ le maître de la barque ; c’est lui qui prépare le travail : il est venu au monde pour cela, pour que ses frères puissent découvrir le chemin de la gloire et de l’amour du Père. L’apostolat chrétien, ce n’est pas nous qui l’avons inventé. Tout au plus y faisons-nous obstacle, par notre maladresse, par notre manque de foi.


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Simon lui répondit : Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre. La réponse semble raisonnable. C’était pendant ces heures-là qu’ils pêchaient d’ordinaire et, justement cette fois-là, la nuit avait été infructueuse. Comment pêcher de jour ? Mais Pierre a la foi : Mais sur ta parole je vais lâcher les filets. Il décide de suivre l’indication du Christ ; il s’engage à travailler, confiant dans la Parole du Seigneur. Que se passe-t-il alors ? L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons, et leurs filets se rompaient. Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide. Ceux-ci vinrent, et on remplit les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.

Jésus, quand il sortit en mer avec ses disciples, ne pensait pas seulement à cette pêche. C’est pourquoi, lorsque Pierre se jette à ses pieds et confesse avec humilité : Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis pécheur, notre Seigneur lui répond : Rassure-toi ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. Et, à cette nouvelle pêche, l’efficacité divine ne fera pas non plus défaut : les apôtres seront les instruments de grands prodiges, malgré leurs misères personnelles.


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Nous aussi, si nous luttons tous les jours pour atteindre la sainteté dans notre vie ordinaire, chacun dans sa propre condition au milieu du monde et dans l’exercice de sa profession, j’ose affirmer que le Seigneur fera de nous des instruments capables de réaliser des miracles, et des plus extraordinaires, si besoin est. Nous donnerons la lumière aux aveugles. Qui ne pourrait raconter mille exemples de la façon dont un aveugle presque de naissance recouvre la vue et reçoit toute la splendeur de la lumière du Christ ? Un autre était sourd et un autre muet, qui ne pouvaient entendre ou articuler un seul mot en tant qu’enfants de Dieu... Leurs sens se sont purifiés, et ils entendent et ils s’expriment déjà comme des hommes et non comme des bêtes. In nomine Jesu ! au nom de Jésus, les apôtres restituent ses forces à un impotent, incapable de tout acte utile ; et à un lâche qui connaissait son devoir mais ne l’accomplissait pas... Au nom du Seigneur, surge et ambula ! lève-toi et marche.

Un autre, mort, pourri, qui sentait le cadavre, a entendu la voix de Dieu, comme lors du miracle du fils de la veuve de Naïm : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. Nous ferons des miracles comme le Christ, des miracles comme les premiers apôtres. Ces prodiges se sont peut-être réalisés en toi, en moi : peut-être étions nous aveugles, ou sourds, ou impotents, ou sentions-nous la mort, quand la Parole de Dieu nous a arrachés à notre prostration. Si nous aimons le Christ, si nous le suivons pour de bon, si c’est lui seul que nous cherchons, et non pas nous-mêmes, en son nom nous pourrons transmettre gratuitement ce que gratuitement nous avons reçu.


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J’ai constamment prêché cette possibilité, surnaturelle et humaine, que Dieu notre Père met entre les mains de ses enfants : participer à la Rédemption réalisée par le Christ. J’éprouve une grande joie de découvrir cette doctrine dans les textes des Pères de l’Église : Les chrétiens chassent les serpents, explique saint Grégoire le Grand, quand ils arrachent le mal du cœur des autres avec leurs exhortations au bien... Ils imposent les mains aux malades pour les guérir, quand, remarquant que le prochain faiblit dans la pratique du bien, ils lui portent aide de mille manières, et le fortifient par l’exemple. Ces miracles sont d’autant plus grands qu’ils se produisent dans le domaine spirituel, apportant la vie non aux corps, mais aux âmes. Vous aussi, si vous ne vous laissez pas aller, vous pourrez réaliser ces prodiges, avec l’aide de Dieu.

Dieu veut que tous les hommes soient sauvés : c’est un appel et une responsabilité qui reposent sur chacun d’entre nous. L’Église n’est pas le cercle privé d’une élite. La grande Église est-elle une infime partie de la terre ? La grande Église c’est le monde entier. C’est ce qu’écrivait saint Augustin, et il ajoutait : Où que tu ailles, le Christ s’y trouve. Tu possèdes en héritage les confins de la terre ; viens, possède-la tout entière avec moi. Vous rappelez-vous comment étaient les filets ? Pleins à craquer : il n’y avait pas de place pour un poisson de plus. Dieu attend ardemment que sa maison se remplisse ; il est Père, et il aime vivre avec tous ses fils autour de lui.


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Voyons maintenant une autre pêche, celle qui a suivi la Passion et la Mort de Jésus-Christ. Par trois fois Pierre a renié le Maître, et il a pleuré avec une humble douleur ; le chant du coq lui a rappelé les avertissements du Seigneur, et il a demandé pardon du plus profond de son âme. Et tandis qu’il attend, le cœur contrit, la promesse de la Résurrection, il exerce son métier : il va pêcher. À propos de cette pêche, l’on nous demande fréquemment pourquoi Pierre et les fils de Zébédée sont retournés à l’occupation qu’ils avaient avant que le Seigneur les ait appelés. Ils étaient, en effet, des pêcheurs quand Jésus leur dit : suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. L’on doit répondre à ceux qui s’étonnent de cette attitude qu’il n’était pas interdit aux apôtres d’exercer leur profession, puisque c’était quelque chose de légitime et d’honnête.

L’apostolat, ce désir brûlant qui consume le cœur de tout chrétien, est intimement lié à son travail de tous les jours : il se confond avec le travail même, qui devient une occasion de rencontrer personnellement le Christ. Unissant nos efforts, au coude à coude avec nos compagnons, nos amis, nos parents, dont nous partageons les aspirations, nous pourrons au moyen de cette tâche les aider à arriver au Christ qui nous attend sur la rive du lac. Pêcheur avant d’être apôtre. Et une fois apôtre, pêcheur. La même profession après qu’avant.


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Et alors, qu’est-ce qui change ? Ce qui change, c’est que l’âme, parce que le Christ est entré en elle, comme il est monté dans la barque de Pierre, voit s’ouvrir des horizons de service plus vastes, plus ambitieux et ressent un désir irrésistible d’annoncer à toutes les créatures les magnalia Dei, les merveilles que le Seigneur réalise, si nous le laissons faire. Je ne peux taire que le travail professionnel des prêtres, pour l’appeler ainsi, est un ministère divin et public, qui embrasse toute leur activité avec une exigence telle qu’en général, si un prêtre a du temps en trop pour une autre tâche non strictement sacerdotale, il peut être sûr qu’il ne remplit pas le devoir de son ministère.

Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : je vais pêcher. Ils lui disent : nous venons nous aussi avec toi. Ils sortirent, montèrent en barque ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus parut sur le rivage.

Il passe à côté de ses apôtres, à côté de ces âmes qui se sont données à lui : et ils ne s’en rendent pas compte. Combien de fois le Christ se trouve-t-il, non pas près de nous, mais en nous ; et nous menons une vie si terrestre ! Le Christ est tout proche et il ne reçoit de la part de ses enfants ni regard affectueux, ni parole d’amour, ni œuvre apostolique.


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Les disciples, écrit saint Jean, ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, avez-vous quelque chose à manger ? ” Pour ma part, cette scène familière de la vie du Christ me remplit de joie. Que ce soit Jésus-Christ, Dieu, qui dise cela ! Lui qui a déjà un corps glorieux ! Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez. Ils le jetèrent donc et ils ne parvenaient plus à le relever tant il était plein de poissons. Maintenant ils comprennent. Ce qu’ils ont entendu si souvent de la bouche du Maître revient à l’esprit des disciples : pêcheurs d’hommes, apôtres. Ils comprennent que tout est possible, parce que c’est lui qui dirige la pêche.

Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : c’est le Seigneur ! L’amour, l’amour le voit de loin. L’amour est le premier à percevoir ces délicatesses. L’apôtre adolescent, avec l’affection profonde qu’il ressent pour Jésus, parce qu’il aime le Christ avec toute la pureté et la tendresse d’un cœur innocent, s’écrie : c’est le Seigneur !

À ces mots : C’est le Seigneur ! Simon-Pierre mit son vêtement, car il était nu, et se jeta à l’eau. Pierre, c’est la foi. Il se jette à la mer, plein d’une ardeur merveilleuse. Avec l’amour de Jean et la foi de Pierre, jusqu’où n’irons-nous pas ?


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Les autres disciples vinrent en barque, remorquant le filet et ses poissons : ils n’étaient guère qu’à deux cents coudées du rivage. Ils déposent aussitôt la pêche aux pieds du Seigneur, parce qu’elle est à lui. Et ce, pour que nous apprenions que les âmes appartiennent à Dieu, que personne sur cette terre ne peut s’en attribuer la propriété, que l’apostolat de l’Église, son message et sa réalité de salut, ne repose pas sur le prestige de quelques personnes, mais sur la grâce divine.

Jésus interroge Pierre par trois fois, comme s’il voulait lui donner la possibilité répétée de réparer son triple reniement. Pierre a déjà appris ; il a fait l’expérience de sa misère personnelle : conscient de sa faiblesse, il est profondément convaincu de l’inutilité des déclarations téméraires. C’est pourquoi il remet tout entre les mains du Christ. Oui Seigneur, tu sais que je t’aime. Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime. Et que répond le Christ ? Pais mes agneaux, pais mes brebis. Non pas les tiennes, ni les vôtres : les siennes ! Parce que c’est lui qui a créé l’homme, c’est lui qui l’a racheté, c’est lui qui a racheté toutes les âmes, une à une, je le répète, au prix de son Sang.

Quand, au cinquième siècle, les donatistes dirigeaient leurs attaques contre les catholiques, ils soutenaient qu’il était impossible qu’Augustin, évêque d’Hippone, enseignât la vérité parce qu’il avait été un grand pécheur. Et saint Augustin suggérait la réponse suivante à ses frères dans la foi : Augustin est évêque de l’Église catholique ; il porte sa charge, dont il aura à rendre compte à Dieu. Je l’ai connu au nombre des bons. S’il est mauvais, lui le sait ; s’il est bon, ce n’est pas en lui cependant que j’ai mis mon espérance. Parce que la première chose que j’ai apprise dans l’Église catholique, c’est à ne pas mettre mon espérance en un homme.

Ce n’est pas notre apostolat que nous faisons. Si c’était le cas, qu’aurions-nous à dire ? C’est l’apostolat du Christ que nous faisons, parce que Dieu le veut, parce que c’est ainsi qu’il nous l’a ordonné : Allez par le monde entier pour prêcher l’Évangile. Les erreurs sont nôtres ; les fruits appartiennent au Seigneur.


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Et comment réaliserons-nous cet apostolat ? Avant tout par l’exemple, en vivant conformément à la Volonté du Père, comme Jésus nous l’a montré par sa vie et son enseignement. La vraie foi, c’est celle qui ne permet pas que les actes soient en contradiction avec les paroles. Nous devons mesurer l’authenticité de notre foi en examinant notre conduite personnelle. Nous ne sommes pas sincèrement croyants si nous ne nous efforçons pas de mettre en pratique ce que nous prêchons.


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Le moment est tout indiqué pour considérer maintenant un autre épisode qui met en évidence la remarquable vigueur apostolique des premiers chrétiens. Il ne s’était pas écoulé un quart de siècle depuis que Jésus était monté aux cieux, que sa renommée se répandait déjà dans beaucoup de villes et villages. Un homme appelé Apollos arrive à Éphèse ; c’était un homme éloquent, versé dans les Écritures. Il avait été instruit de la Voie du Seigneur, et, dans la ferveur de son âme, il prêchait et enseignait avec exactitude ce qui concerne Jésus bien qu’il connût seulement le baptême de Jean.

La lumière du Christ s’était déjà infiltrée dans l’esprit de cet homme : il avait entendu parler de lui, et il l’annonçait aux autres. Mais il lui restait encore un bout de chemin à parcourir pour s’informer davantage, arriver pleinement à la foi et aimer vraiment le Seigneur. Un couple de chrétiens, Aquila et Priscille, écoute sa conversation et ne demeure ni passif ni indifférent. Il ne leur vient pas à l’esprit de penser : “ Il en sait déjà assez, personne ne nous demande de lui donner de leçons. ” Comme c’étaient des âmes pleines d’une véritable préoccupation apostolique, ils s’approchèrent d’Apollos, le prirent avec eux et lui exposèrent plus exactement la Voie.


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Le comportement de saint Paul est aussi admirable. Prisonnier pour avoir fait connaître l’enseignement du Christ, il ne perd aucune occasion de diffuser l’Évangile. En présence de Festus et d’Agrippa, il n’hésite pas à déclarer : Soutenu par la protection de Dieu, j’ai continué jusqu’à ce jour à rendre mon témoignage devant petits et grands, sans jamais rien dire en dehors de ce que Moïse et les Prophètes avaient déclaré devoir arriver : que le Christ souffrirait et que, ressuscité le premier d’entre les morts, il annoncerait la lumière au peuple et aux nations païennes.

L’Apôtre ne se tait pas, il ne cache pas sa foi, ni son action apostolique qui avait provoqué la haine de ses persécuteurs : il continue à annoncer le salut à tout le monde. Et avec une audace merveilleuse, il affronte Agrippa : Crois-tu aux prophètes, roi Agrippa ? Je sais que tu y crois. Quand Agrippa commente : Encore un peu, et par tes raisons, tu vas faire de moi un chrétien ! Paul réplique : Qu’il s’en faille de peu ou de beaucoup, puisse Dieu faire que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, vous deveniez tels que je suis moi-même, à l’exception des chaînes que voici.


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Où saint Paul puisait-il cette force ? Omnia possum in eo qui me confortat ! je peux tout, parce que seul Dieu me donne cette foi, cette espérance, cette charité. Il m’est très difficile de croire à l’efficacité surnaturelle d’un apostolat qui n’est pas appuyé, solidement centré, sur une vie d’intimité avec le Seigneur. Et cela, au milieu du travail ; chez moi ou en pleine rue, avec tous les problèmes plus ou moins importants qui se présentent chaque jour. Là, et non ailleurs, mais avec le cœur en Dieu. Nos paroles, nos actes, et même nos misères ! répandront alors le bonus odor Christi, la bonne odeur du Christ, que les autres hommes remarqueront obligatoirement en se disant : voilà un chrétien.


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Si tu admettais la tentation de te demander : qui m’ordonne de me mêler de cela ? Je devrais te répondre : c’est le Christ en personne qui te l’ordonne. Il te le demande : La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux : priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Ne conclus pas lâchement : “ Pour cela, moi, je ne sers à rien, d’autres s’en occupent ; ce genre d’activités n’est pas pour moi. ” Non, il n’y a personne d’autre ; si toi tu pouvais dire cela, tout le monde pourrait en dire autant. L’invitation du Christ s’adresse à tous et à chacun des chrétiens. Personne n’en est dispensé, ni par l’âge, ni par la santé, ni par le métier. Il n’existe aucune excuse qui tienne. Ou nous produisons des fruits apostoliques, ou notre foi sera stérile.


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En outre, qui a disposé que, pour parler du Christ, pour répandre sa doctrine, il faille faire des choses étranges, bizarres ? Vis ta vie ordinaire ; travaille là où tu te trouves, en t’efforçant d’accomplir tes devoirs d’état, les obligations de ta profession ou de ton métier, en progressant, en te dépassant chaque jour. Sois loyal, compréhensif envers les autres et exigeant envers toi-même. Sois mortifié et joyeux. Tel sera ton apostolat. Et sans que tu saches pourquoi, misérable comme tu l’es, ceux qui t’entourent viendront à toi et, dans une conversation naturelle, simple, à la sortie du travail, dans une réunion de famille, dans l’autobus, au cours d’une promenade, n’importe où, vous parlerez de ces inquiétudes qui existent dans l’âme de tout le monde, bien que certains ne veuillent pas les admettre : ils le comprendront quand ils commenceront à chercher Dieu pour de bon.

Demande à Marie, Regina apostolorum, de te décider à partager ces désirs de semailles et de pêche qui vibrent dans le Cœur de son Fils. Je t’assure que si tu commences, tu verras, comme les pêcheurs de Galilée, la barque remplie à ras bord. Et tu verras aussi le Christ qui t’attend sur la rive. Parce que la pêche est à lui.


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