Josemaría Escrivá Obras
 
 
 
 
 
 
  Amis de Dieu > Mère de Dieu, notre mère > Chap 17
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Toutes les fêtes de Notre Dame sont grandes, parce qu’elles constituent des occasions que l’Église nous offre de démontrer dans les faits notre amour envers Sainte Marie. Mais si, parmi ces fêtes, je devais en choisir une, je préférerais celle d’aujourd’hui : la Maternité divine de la très Sainte vierge.

Cette célébration nous amène à considérer certains des mystères centraux de notre foi : à méditer l’Incarnation du Verbe, œuvre des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Marie, Fille de Dieu le Père, de par l’Incarnation du Seigneur dans ses entrailles immaculées est l’Épouse de Dieu le Saint-Esprit et la Mère de Dieu le Fils.

Quand la Vierge répondit oui, librement, aux desseins que le Créateur lui révélait, le Verbe divin assuma la nature humaine : l’âme rationnelle et le corps formé dans le sein très pur de Marie. La nature divine et la nature humaine s’unissaient dans cette unique Personne : Jésus-Christ, vrai Dieu et dès lors vrai Homme ; Fils Unique éternel du Père et, à partir de ce moment, en tant qu’Homme, véritable fils de Marie. C’est pourquoi Notre Dame est Mère du Verbe incarné, de la Seconde Personne de la Très Sainte Trinité qui a faite sienne pour toujours, sans confusion, la nature humaine. Nous pouvons dire bien haut à la Sainte Vierge, comme la meilleure des louanges, ces mots qui expriment sa dignité la plus élevée : Mère de Dieu.


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Telle a toujours été la foi sûre. Le Concile d’Éphèse a proclamé, contre ceux qui l’ont nié, que si quelqu’un ne confesse pas que l’Emmanuel est vraiment Dieu, et que pour cela la très Sainte vierge est Mère de Dieu, puisqu’elle a engendré selon la chair le Verbe de Dieu incarné, qu’il soit anathème.

L’histoire nous a conservé des témoignages de l’allégresse des chrétiens face à ces décisions claires, nettes, qui réaffirmaient ce qu’ils croyaient tous : Le peuple tout entier de la ville d’Éphèse, des premières heures du matin jusqu’à la nuit, demeura anxieux dans l’attente de la résolution... Quand il sut que l’auteur des blasphèmes avait été déposé, nous commençâmes tous à l’unisson à glorifier Dieu et à acclamer le Synode, parce que l’ennemi de la foi était tombé. À peine sortis de l’église, nous fûmes accompagnés avec des torches jusqu’à nos demeures. C’était de nuit : toute la ville était joyeuse et illuminée. Voilà ce qu’écrit saint Cyrille et je ne puis nier que, même à seize siècles de distance, cette réaction de piété m’impressionne profondément.

Veuille Dieu notre Seigneur que cette même foi brûle en nos cœurs et que s’élève de nos lèvres un chant d’action de grâces : parce que la Très Sainte Trinité, en ayant choisi Marie pour Mère du Christ, Homme comme nous, a placé chacun d’entre nous sous sa protection maternelle. Elle est Mère de Dieu et notre Mère.


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La Maternité divine de Marie est la racine de toutes les perfections et de tous les privilèges dont elle est ornée. À ce titre, elle a été conçue immaculée et elle est pleine de grâces, elle est toujours vierge, elle est montée aux cieux en corps et en âme, elle a été couronnée Reine de la création tout entière, au-dessus des anges et des saints. Dieu seul est au-dessus d’elle. La très Sainte Vierge, selon qu'elle est Mère de Dieu, possède une dignité d’une certaine façon infinie, empruntée au bien infini qu’est Dieu. Il n’y a pas de danger d’exagérer. Nous n’approfondirons jamais assez ce mystère ineffable ; nous ne pourrons jamais remercier assez notre Mère de cette familiarité avec la Très Sainte Trinité qu’elle nous a donnée.

Nous étions pécheurs et ennemis de Dieu. La Rédemption ne nous libère pas seulement du péché, elle ne nous réconcilie pas seulement avec le Seigneur : elle fait de nous des enfants, nous fait don d’une Mère, celle-là même qui a engendré le Verbe, dans l’Humanité. Est-il plus grand débordement, plus grand excès d’amour ? Dieu désirait ardemment nous racheter. Il disposait de beaucoup de moyens pour mettre à exécution sa très Sainte Volonté, dans sa Sagesse infinie. Il en a choisi un, qui dissipe tous les doutes possibles à propos de notre salut et de notre glorification. De même que le premier Adam n’est pas né d’un homme et d’une femme, mais a été formé de la terre, de même le dernier Adam, qui devait guérir la blessure du premier, a pris un corps dans le sein de la Vierge, pour être, quant à la chair, égal à la chair de ceux qui ont péché.


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Ego quasi vitis fructificavi... : Je suis comme une vigne aux pampres charmants, et mes fleurs sont des fruits de gloire et richesse. C’est ce que nous avons lu dans l’épître. Que cette délicate odeur, la dévotion envers notre Mère, abonde dans notre âme et dans celle de tous les chrétiens, et nous conduise à la confiance la plus absolue en celle qui veille toujours pour nous.

Je suis la Mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. Toutes leçons que Sainte Marie nous rappelle aujourd’hui. Leçon de bel amour, de vie limpide, d’un cœur sensible et passionné pour que nous apprenions à être fidèles au service de l’Église. Il ne s’agit pas de n’importe quel amour mais de l’Amour. Ici pas de place pour les trahisons, les calculs, les oublis. Un bel amour, parce qu’il a pour commencement et pour terme le Dieu trois fois Saint, qui est toute Splendeur, toute Bonté et toute Grandeur.

Mais il a aussi été question de crainte. Je ne puis concevoir d’autre crainte que celle de nous écarter de l’Amour. Car Dieu notre Seigneur ne nous veut pas timides, timorés, comme ayant peur de nous donner. Il a besoin que nous soyons audacieux, courageux, délicats. La crainte que le texte sacré nous rappelle nous remémore cette autre plainte de l’Écriture : J’ai cherché celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché, mais je ne l’ai point trouvé.

Cela peut se produire, si l’homme n’a pas compris complètement ce qu’aimer Dieu veut dire. Il arrive alors que le cœur se laisse entraîner par des choses qui ne mènent pas au Seigneur. Et alors nous le perdons de vue. En d’autres occasions peut-être est-ce le Seigneur qui se cache : lui seul sait pourquoi. Il nous encourage alors à le chercher avec plus d’ardeur et, quand nous le découvrons, nous nous écrions pleins de joie : Je l’ai saisi et ne le lâcherai point.


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L’Évangile de la Sainte Messe nous a rappelé cette scène émouvante de Jésus qui reste à Jérusalem et enseigne dans le temple. Marie et Joseph firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le chercher parmi leurs parents et connaissances. Mais ne l’ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem. La Mère de Dieu, qui a cherché anxieusement son Fils, perdu sans qu’elle y soit pour rien, qui a éprouvé la joie la plus grande à le retrouver, nous aidera à rebrousser chemin, à rectifier autant que de besoin quand, à cause de notre légèreté ou de nos péchés, nous ne réussirons pas à discerner le Christ. Nous pourrons avoir ainsi la joie de l’étreindre à nouveau et de lui dire que nous ne le perdrons plus jamais.

Marie est Mère de la science, parce que nous apprenons d’elle la leçon la plus importante, à savoir que rien n’en vaut la peine si nous ne sommes pas près du Seigneur ; que toutes les merveilles de la terre, toutes les ambitions satisfaites, ne servent à rien si dans notre cœur ne brûle la flamme d’amour vivant, la lumière de la sainte espérance, anticipation de l’amour sans fin dans notre Patrie définitive.


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En moi est toute grâce de voie et de vérité, en moi toute espérance de vie et de force. Avec quelle sagesse l’Église n’a-t-elle pas mis ces mots sur les lèvres de notre Mère, afin que les chrétiens ne les oublient pas. Elle est la sécurité, l’Amour qui n’abandonne jamais, le refuge constamment ouvert, la main qui toujours caresse et console.

Un des premiers Pères de l’Église écrit que nous devons nous efforcer de conserver à l’esprit et dans notre mémoire un résumé ordonné de la vie de la Mère de Dieu. Vous avez souvent feuilleté ces abrégés de médecine, de mathématiques ou d’autres matières. L’on y trouve énoncés pour les cas d’urgence, les remèdes immédiats, les mesures à adopter afin de ne pas se fourvoyer dans ces sciences.


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Méditons fréquemment tout ce que nous avons entendu sur notre Mère, dans une prière calme et tranquille. Et comme un dépôt, cette leçon se gravera peu à peu en notre âme ; ainsi nous accourrons sans hésiter à elle, spécialement quand nous n’aurons pas d’autre remède. N’est-ce pas, pour ce qui nous concerne, rechercher notre intérêt personnel ? Si, certainement. Mais les mères n’ignorent pas que leurs enfants sont d’habitude un peu intéressés, et souvent nous nous adressons à elles comme à l’ultime recours. Elles en sont convaincues et cela ne leur fait rien : c’est pour cela qu’elles sont mères et leur amour désintéressé discerne dans cet égoïsme apparent ce qu’il y a d’affection filiale et de confiance assurée.

Je ne prétends pas, ni pour moi, ni pour vous, que notre dévotion envers Sainte Marie se borne à ces appels pressants. Je pense néanmoins que nous ne devons pas nous sentir humiliés si cela nous arrive à certains moments. Les mères ne font pas le compte des détails d’affection que leurs enfants ont pour elles ; elles ne pèsent ni ne mesurent avec des critères mesquins. Elles savourent comme du miel la moindre démonstration d’amour, et elles se surpassent, accordant beaucoup plus qu’elles ne reçoivent. Si nos bonnes mères de la terre réagissent de cette façon, imaginez ce que nous pourrons attendre de notre Mère Sainte Marie.


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J’aime remonter en pensée à ces années pendant lesquelles Jésus est resté aux côtés de sa Mère, années qui couvrent presque toute la vie de notre Seigneur en ce monde. Le voir petit, quand Marie prend soin de lui, le couvre de baisers et l’amuse. Le voir grandir, sous les yeux aimants de sa Mère et de Joseph, son père sur la terre. Avec quelle tendresse et avec quelle délicatesse Marie et le saint Patriarche devaient-ils se préoccuper de Jésus pendant son enfance et, en silence, apprendre beaucoup et constamment de lui. Leurs âmes devaient s’identifier progressivement à l’âme de ce Fils, Homme et Dieu. C’est pourquoi la Mère, et après elle Joseph, connaît mieux que quiconque les sentiments du Cœur du Christ, et tous deux sont le meilleur chemin, le seul affirmerais-je, pour arriver jusqu’au Sauveur.

Que l’âme de Marie soit en chacun d’entre vous, écrivait saint Ambroise, pour que vous louiez le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun, pour que vous vous réjouissiez en Dieu. Et ce Père de l’Église ajoute des remarques qui, à première vue, paraissent hardies, mais qui ont un clair sens spirituel pour la vie du chrétien : Selon la chair, il n’y a qu’une seule Mère du Christ ; selon la foi, le Christ est fruit de nous tous.

Si nous nous identifions à Marie, si nous imitons ses vertus, nous pouvons obtenir que le Christ naisse, par la grâce, dans l’âme de beaucoup de personnes qui s’identifieront à lui par l’action de l’Esprit Saint. Si nous imitons Marie, nous participerons d’une certaine façon de sa maternité spirituelle. En silence, comme Notre Dame ; sans que cela se remarque, presque sans mots, par le témoignage intègre et cohérent d’une conduite chrétienne, avec la générosité qui nous fera répéter un fiat sans cesse renouvelé, comme quelque chose d’intime entre nous et Dieu.


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Le grand amour qu’il portait à Notre Dame et son manque de culture théologique poussèrent un bon chrétien à me faire connaître une anecdote que je vais vous raconter, parce que, dans sa naïveté, elle est compréhensible de la part d’une personne peu cultivée.

Prenez-le, me disait-il, pour un défoulement : comprenez ma tristesse face à certaines choses qui se produisent de nos jours. Pendant la préparation et le déroulement du Concile actuel l’on a proposé d’inclure le thème de la Vierge. Tel que : le thème. Est-ce que les enfants parlent de cette façon ? Est-ce là la foi que les fidèles ont toujours professée ? Depuis quand l’amour de la Sainte Vierge est-il un thème, sur l’opportunité duquel il soit admis d’engager une discussion ?

Si quelque chose est incompatible avec l’amour, c’est bien la lésinerie. Je n’ai pas peur d’être très clair ; si je ne l’étais pas, poursuivait-il, cela me paraîtrait une offense à notre Sainte Mère. L’on a discuté pour savoir s’il était opportun ou non d’appeler Marie Mère de l’Église. Cela me gêne de descendre à davantage de détails. Mais la Mère de Dieu qui est, à ce titre, Mère de tous les chrétiens, ne va-t-elle pas être la Mère de l’Église, qui est la réunion de tous ceux qui ont été baptisés et sont nés de nouveau dans le Christ, fils de Marie ?

Je ne m’explique pas, ajoutait-il, d’où peut bien naître cette mesquinerie qui consiste à restreindre l’attribution de ce titre de louange à Notre Dame. La foi de l’Église est bien différente ! Le thème de la Vierge ! Les fils prétendent-ils soulever le thème de l’amour de leur mère ? Ils l’aiment, un point c’est tout. Ils l’aimeront beaucoup, s’il sont de bons fils. Du thème, ou du schéma, ce sont les étrangers qui en discutent, ceux qui étudient un cas avec la froideur de l’énoncé d’un problème. Voici le “ défoulement ”, droit et pieux, mais injuste, de cette âme simple et très pieuse.


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Poursuivons maintenant la considération de ce mystère de la Maternité divine de Marie, dans une prière silencieuse, en affirmant du fond de notre âme : Ô vierge, ô Mère de Dieu : celui que les cieux ne peuvent contenir, s’est enfermé dans ton sein pour prendre la chair de l’homme.

Voyez ce que la liturgie nous fait réciter aujourd’hui : bienheureuses soient les entrailles de la Vierge Marie, qui ont accueilli le Fils du Père éternel. Exclamation vieille et nouvelle, humaine et divine. C’est dire au Seigneur, comme on a coutume de le faire en certains endroits pour louer une personne : bénie soit la mère qui t’a mis au monde !


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Marie a coopéré par sa charité pour que dans l’Église naissent les fidèles, membres de cette tête dont elle est réellement la mère selon le corps. Comme Mère, elle enseigne ; et comme Mère également, ses leçons ne sont pas bruyantes. Il faut avoir la finesse d’âme suffisante, un minimum de délicatesse, pour comprendre ce qu’elle nous montre, par ses actes plus que par ses promesses.

Maîtresse de foi. Oui, bienheureuse celle qui a cru : c’est ainsi que la salue sa cousine Élisabeth, quand Notre Dame va dans la montagne lui rendre visite. Cet acte de foi de Marie avait été une merveille : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. À la naissance de son Fils, elle contemple les grandeurs de Dieu sur la terre : un chœur d’anges est là, et les bergers aussi bien que les puissants de la terre viennent adorer l’Enfant. Mais peu après, la Sainte Famille doit fuir en Égypte, pour échapper aux intentions criminelles d’Hérode. Ensuite le silence : trente longues années de vie simple, ordinaire, comme celle d’une famille parmi tant d’autres dans un petit village de Galilée.


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Le Saint Évangile nous présente brièvement le chemin pour comprendre l’exemple de notre Mère : Quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait dans son cœur. Efforçons-nous de l’imiter en parlant au Seigneur, dans un dialogue d’amour, de tout ce qui nous arrive, jusqu’aux événements les plus menus. N’oublions pas que nous devons les peser, les évaluer, les voir avec les yeux de la foi, pour découvrir la Volonté de Dieu.

Si notre foi est faible, accourons à Marie. Saint Jean raconte que ses disciples crurent en lui à cause du miracle des noces de Cana, que le Christ réalisa à la demande de sa Mère. Notre Mère intercède toujours auprès de son Fils pour qu’il fasse attention à nous, qu’il se montre à nous, de sorte que nous puissions confesser : Tu es le Fils de Dieu.


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Maîtresse d’espérance. Marie proclame que désormais toutes les générations me diront bienheureuse. Humainement parlant, sur quoi reposait cet espoir ? Qui était-elle, pour les hommes et pour les femmes d’alors ? Les grandes héroïnes de l’Ancien Testament, Judith, Esther, Déborah, obtinrent déjà sur la terre une gloire humaine, furent acclamées par le peuple, exaltées. Le trône de Marie, comme celui de son Fils, c’est la Croix. Et pendant le reste de son existence, jusqu’à ce qu’elle soit élevée aux cieux en corps et en âme, c’est sa présence silencieuse qui nous impressionne. Saint Luc, qui la connaissait bien, note qu’elle était aux côtés des premiers disciples, en prière. Celle qui allait être louée par les créatures jusqu’à l’éternité terminait ainsi ses jours terrestres.

Comme l’espérance de Notre Dame contraste avec notre impatience ! Nous réclamons souvent à Dieu de nous payer immédiatement le peu de bien que nous avons fait. À peine la première difficulté se présente-t-elle que nous nous plaignons. Nous sommes, bien souvent, incapables de soutenir l’effort, de conserver l’espérance. Parce que la foi nous manque : Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !


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Maîtresse de charité. Rappelez-vous la scène de la présentation de Jésus au temple. Le vieillard Siméon dit à Marie, sa mère : « Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, — et toi-même, un glaive te transpercera l’âme ! — afin que se révèlent les pensées intimes d’un grand nombre. ” L’immense charité de Marie envers l’humanité fait que s’accomplisse également en elle l’affirmation du Christ : Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Les souverains pontifes ont appelé Marie à bon droit Corédemptrice : Tellement, en même temps que son Fils souffrant et mourant, elle souffrit jusqu’à en mourir presque ; et elle a renoncé de telle sorte à ses droits maternels sur son Fils, pour le salut des hommes en l’immolant, autant qu’il dépendait d’elle, pour apaiser la justice de Dieu, que l’on peut dire à juste titre qu’elle a racheté le genre humain conjointement au Christ. Nous comprenons mieux de la sorte ce moment de la Passion de Notre Seigneur, que nous ne nous lasserons jamais de méditer : Stabat autem juxta crucem Jesu mater ejus, à côté de la croix de Jésus se trouvait sa Mère.

Vous aurez remarqué comment certaines mères, mues par une fierté légitime, s’empressent de se mettre à côté de leurs fils quand ils triomphent, quand ils reçoivent un hommage public. D’autres en revanche, à ces moments-là, restent au second plan, aiment en silence. Marie était ainsi, et Jésus le savait.


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Maintenant, en revanche, au moment du scandale du Sacrifice de la Croix, Sainte Marie est présente, entendant avec tristesse les passants qui l’injuriaient en hochant la tête et en disant : « Toi qui détruis le Temple et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ” ! Notre Dame écoutait les paroles de son Fils, et s’unissait à sa douleur : “ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ” Que pouvait-elle faire ? Se fondre dans l’amour rédempteur de son Fils, offrir au Père l’immense douleur qui, telle une épée tranchante, transperçait son Cœur pur.

Jésus se sent à nouveau réconforté par cette présence discrète et aimante de sa Mère. Marie ne crie pas, Elle ne court pas d’un endroit à l’autre. Stabat : elle est debout, à côté de son Fils. C’est alors que Jésus la regarde, se tournant ensuite vers Jean. Et il s’écrie : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. ” En la personne de Jean, le Christ confie tous les hommes à sa Mère et spécialement ses disciples : ceux qui devaient croire en lui.

Felix culpa chante l’Église, heureuse faute, parce qu’elle a nous a obtenu un pareil et si grand Rédempteur. Heureuse faute, pouvons-nous ajouter aussi, qui nous a mérité de recevoir Sainte Marie pour Mère. Nous sommes désormais assurés, rien ne doit plus nous préoccuper, parce que Notre Dame, couronnée Reine des cieux et de la terre, est la toute-puissance suppliante devant Dieu. Jésus ne peut rien refuser à Marie, ni à nous, enfants de la même Mère.


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Les enfants, spécialement quand ils sont encore petits, ont tendance à se demander ce que leurs parents doivent réaliser pour eux, oubliant en revanche les obligations de piété filiale. Les fils sont d’ordinaire très intéressés, bien que, nous l’avons déjà fait remarquer, il ne semble pas que les mères attachent beaucoup d’importance à cette attitude, parce qu’elles ont assez d’amour dans leur cœur et qu’elles aiment de la meilleure affection possible : celle qui se donne sans rien attendre en retour.

Il en est de même avec Sainte Marie. Mais aujourd’hui, en la fête de sa Maternité divine, nous devons faire l’effort d’une observation plus poussée. Nos manques de délicatesse envers cette bonne Mère, si nous en trouvons, doivent nous faire mal. Je vous demande, et je me demande, comment nous lui rendons hommage.

Retournons de nouveau à l’expérience de chaque jour, aux rapports avec nos mères sur la terre. Que désirent-elles par-dessus tout de leurs enfants qui sont chair de leur chair et sang de leur sang ? Leur plus grand désir c’est de les avoir tout près d’elles. Quand les enfants grandissent et qu’il n’est plus possible qu’ils restent à leurs côtés, elles guettent avec impatience leurs nouvelles, tout ce qui leur arrive les émeut : depuis une légère maladie jusqu’aux faits les plus importants.


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Eh bien, pensez-vous que pour notre Mère Sainte Marie, nous ne cessons jamais d’être petits, parce qu’elle ouvre le chemin du Royaume des cieux, qui sera donné à ceux qui se font enfants. Nous ne devons jamais nous éloigner de Notre Dame. Comment lui rendrons-nous hommage ? En la fréquentant, en lui parlant, en lui démontrant notre affection, en considérant attentivement dans notre cœur les scènes de sa vie sur la terre, en lui racontant nos luttes, nos succès et nos échecs.

Nous découvrons ainsi, comme si nous les récitions pour la première fois, le sens des prières mariales que l’on a toujours récitées dans l’Église. Que sont l’Ave Maria et l’Angélus, sinon des louanges enflammées à la Maternité divine ? Et dans le Saint Rosaire — cette dévotion merveilleuse que je ne me lasserai jamais de recommander à tous les chrétiens — les mystères de la conduite admirable de Marie, qui sont les mystères fondamentaux de notre foi, défilent dans notre tête et dans notre cœur.


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L’année liturgique apparaît jalonnée de fêtes en l’honneur de Sainte Marie. Le fondement de ce culte se trouve dans la Maternité divine de Notre Dame, origine de la plénitude de dons de nature et de grâce dont la Très Sainte Trinité l’a embellie. Celui qui aurait peur que le culte à la très Sainte Vierge puisse diminuer l’adoration due à Dieu ferait preuve d’une formation chrétienne bien pauvre, et de peu d’amour filial. Notre Mère, modèle d’humilité, a chanté : Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Les jours de fête de Notre Dame, soyons radieux dans nos marques d’affection ; élevons plus souvent notre cœur vers elle pour lui demander ce dont nous avons besoin, en la remerciant de sa sollicitude maternelle et constante, et en lui recommandant les personnes que nous aimons. Mais si nous prétendons nous comporter en fils, tous les jours seront une occasion propice pour aimer Marie, comme tous les jours le sont pour ceux qui s’aiment vraiment.


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Peut-être l’un d’entre vous pense-t-il maintenant que la journée ordinaire, le va-et-vient habituel de notre vie, ne se prête pas beaucoup à maintenir notre cœur attaché à une créature aussi pure que Notre Dame. Je vous invite à réfléchir un peu. Que cherchons-nous toujours, même sans y faire spécialement attention, dans tout ce que nous faisons ? Quand l’amour de Dieu nous anime et que nous travaillons avec droiture d’intention, nous cherchons ce qui est bon, propre, ce qui apporte la paix à la conscience et le bonheur à l’âme. Les erreurs ne nous manquent pas ? C’est vrai ; mais précisément, reconnaître ces erreurs c’est découvrir avec davantage de clarté que notre objectif n’est pas une félicité passagère, mais profonde, sereine, humaine et surnaturelle.

Une créature a obtenu ce bonheur sur la terre, car elle est le chef-d’œuvre de Dieu : notre très Sainte Mère, Marie. Elle vit et nous protège, elle est à côté du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, en corps et en âme. Celle-là même qui est née en Palestine, qui s’est donnée au Seigneur dès son enfance, qui a reçu l’annonce de l’archange Gabriel, qui a mis au monde notre Sauveur, qui s’est trouvée avec lui au pied de la Croix.

Tous les idéaux trouvent leur réalité en elle ; mais nous ne devons pas en conclure que sa sublimité et sa grandeur nous la rendent inaccessible et distante. C’est la pleine de grâces, la somme de toutes les perfections : et elle est Mère. Grâce à son pouvoir devant Dieu, elle nous obtiendra ce que nous lui demanderons ; en tant que Mère elle veut nous l’accorder. Et en tant que Mère également elle connaît et comprend nos faiblesses, elle encourage, elle excuse, elle rend facile le chemin, elle a le remède toujours prêt, même quand il semble que plus rien n’est possible.


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Comme les vertus surnaturelles grandiraient en nous, si nous parvenions à fréquenter vraiment Marie, qui est notre Mère ! Ne craignons pas de lui répéter au long de la journée — avec le cœur, sans que les mots soient nécessaires — de petites prières, des oraisons jaculatoires. La dévotion chrétienne a réuni beaucoup de ces éloges enflammés dans les Litanies qui accompagnent le Saint Rosaire. Mais chacun est libre de les augmenter, de lui adresser de nouvelles louanges, de lui dire ce que, par une sainte pudeur qu’elle comprend et approuve, nous n’oserions pas exprimer à voix haute.

Je te conseille, pour terminer, de faire, si tu ne l’as pas encore faite, l’expérience personnelle de l’amour maternel de Marie. Il ne suffit pas de savoir qu’elle est Mère, de la considérer de cette façon, de parler ainsi d’elle. Elle est ta Mère et tu es son fils ; elle t’aime comme si tu étais son fils unique en ce monde. Parle-lui en conséquence : raconte-lui tout ce qui t’arrive, honore-la, aime-la. Personne ne le fera pour toi aussi bien que toi, si tu ne le fais pas.

Je t’assure que si tu empruntes ce chemin, tu trouveras aussitôt tout l’amour du Christ : et tu te trouveras plongé dans cette vie ineffable de Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. Tu y puiseras des forces pour accomplir entièrement la Volonté de Dieu, tu t’empliras de désirs de servir tous les hommes. Tu seras le chrétien que tu rêves d’être parfois : débordant d’œuvres de charité et de justice, joyeux et fort, compréhensif envers autrui et exigeant envers soi-même.

Telle est sans plus la trempe de notre foi. Accourons à Sainte Marie, qui nous accompagnera d’un pas ferme et constant.


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