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Je vous ai souvent rappelé cette scène émouvante que nous relate l'Evangile: Jésus se trouve dans la barque de Pierre, d'où Il s'est adresse a la foule. Cette multitude qui Le suivait a ravivé la soif d'âmes qui consume son Coeur, et le divin Maître veut faire en sorte que ses disciples participent de ce même zèle. Après leur avoir dit de pousser en eau profonde duc in altum il suggère à Pierre de jeter ses filets pour pécher.
Je ne vais pas m'attacher ici aux détails, si riches d'enseignement, qui composent cet épisode. Je voudrais que nous considérions la réaction du Prince des Apôtres à la vue du miracle: Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur. Une vérité qui, je n'en doute pas, convient parfaitement à la situation personnelle de chacun. Pourtant je vous assure que, durant ma vie, j'ai été témoin de tant de prodiges de la grâce, réalisés à travers des mains humaines, que je n'ai pu que me sentir poussé, de plus en plus chaque jour, a crier: Seigneur, ne t'éloigne pas de moi, car sans Toi je ne puis rien faire de bon.
C'est pour cela, précisément, que je comprends très bien les paroles de l'évêque d'Hippone, qui résonnent comme un merveilleux chant à la liberté. Il disait: Dieu qui t'a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi, car il est toujours possible à n'importe lequel d'entre nous, toi ou moi, d'avoir le malheur de se rebeller contre Dieu, de Le rejeter par sa conduite ou bien encore de s'exclamer: nous n'en voulons pas pour roi .
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Nous avons appris avec reconnaissance, car nous nous rendons compte de la félicité a laquelle nous sommes appelés, que toutes les créatures ont été tirées du néant par Dieu et pour Dieu: les créatures rationnelles, les hommes, bien que nous, perdions si souvent la raison; et les irrationnelles, celles qui sillonnent la surface de la terre, ou habitent les entrailles du monde, ou traversent l'azur du ciel, allant parfois jusqu'à fixer des yeux le soleil. Mais, au sein de cette variété merveilleuse, nous seuls, les hommes je ne parle pas ici des anges nous nous unissons au Créateur par l'exercice de notre liberté : nous pouvons rendre ou refuser au Seigneur la gloire qui Lui revient en tant qu'Auteur de tout ce qui existe.
Cette possibilité compose le clair-obscur de la liberté humaine. Le Seigneur, parce qu'Il nous aime avec la plus grande tendresse, nous invite, nous pousse à choisir le bien. Vois, j'ai mis aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal, en te prescrivant aujourd'hui d'aimer Yahvé, ton Dieu, de marcher dans ses voies et d'observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives ... Choisis donc la vie afin que tu vives.
Veux-tu te demander avec moi qui fais aussi mon examen si tu maintiens immuable et ferme ton choix de, Vie ? Si, en entendant la voix très aimable de Dieu, qui t'incite à la sainteté, tu réponds librement: “ oui ? Tournons de nouveau notre regard vers ce Jésus qui parlait aux foules à travers les villes et les campagnes de Palestine. Il ne cherche pas à s'imposer. Si tu veux être parfait..., dit-il au jeune homme riche. Ce dernier repoussa la proposition et l'Evangile nous dit qu'Il se retira tout triste abiit tristis. Voilà pourquoi, ce jeune homme riche qui perdit la joie pour avoir refusé de donner sa liberté, je l'ai parfois surnommé “ le pauvre attristé .
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Considérez le moment sublime où l'Archange saint Gabriel annonce à la Sainte Vierge le dessein du Très-Haut. Notre Mère écoute et interroge pour mieux comprendre ce que le Seigneur lui demande; aussitôt jaillit la réponse ferme: fiat qu'il me soit fait selon ta parole! fruit de la meilleure liberté: celle de se décider pour Dieu.
Dans tous les mystères de notre foi catholique palpite cet hymne à la liberté. La Très Sainte Trinité tire le monde et l'homme du néant, dans une libre effusion d'amour. Le Verbe descend du Ciel et prend notre chair, marque de ce sceau merveilleux de la liberté dans la soumission: Alors j'ai dit: me voici (car c'est de moi qu'il est question dans le rouleau du livre), je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté. Quand arrive l'heure fixée par Dieu pour racheter l'humanité de l'esclavage du péché, nous contemplons à Gethsémani Jésus-Christ qui souffre douloureusement au point de verser des gouttes de sang et qui accepte spontanément et généreusement le sacrifice que le Père réclame de Lui: semblable à l'agneau qu'on mène a l'abattoir, et à la brebis muette devant ceux qui la tondent. Il l'avait annoncé aux siens dans une des conversations où Il épanchait son coeur, afin que ceux qui L'aimaient connussent qu'Il était le Chemin le seul pour s'approcher du Père e si le Père m ' aime, c'est parce que je donne ma vie pour la reprendre. On ne me l'ôte pas, je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre .
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Nous ne comprendrons jamais assez cette liberté de Jésus-Christ, immense, infinie, comme son amour. Mais le trésor très précieux de son généreux holocauste doit nous amener à penser: pourquoi, Seigneur, m'as-Tu laisse ce privilège qui me rend capable de suivre tes pas, mais aussi de t'offenser ? Nous parvenons ainsi à discerner le bon usage de la liberté quand elle est orientée vers le bien; et la dénaturation qu'elle subit lorsque l'homme use de cette faculté pour oublier l'Amour par excellence et pour s'en écarter. La liberté personnelle, que je défends et que je deviendrai toujours de toutes mes forces, me conduit à demander avec une totale assurance, mais non sans la conscience de ma propre faiblesse: qu'attends-Tu de moi, Seigneur, pour que moi, volontairement, je l'accomplisse ?
Le Christ Lui-même nous répond: veritas liberabit vos. la vérité vous rendra libres. Quelle est cette vérité qui, tout au long de notre vie, marque le début et le terme du chemin de la liberté ? je vais vous la résumer, avec la joie et la certitude qui découlent de la relation entre Dieu et ses créatures: nous sommes sortis des mains de Dieu, nous sommes l'objet de la prédilection de la Très Sainte Trinité, nous sommes les enfants d'un tel Père. Je demande à mon Seigneur que nous nous décidions a nous en rendre compte et a en jouir jour après jour: nous agirons ainsi comme des personnes libres. Ne l'oubliez pas: celui qui ne se sait pas fils de Dieu ignore sa vérité la plus intime, et la puissance et la force de ceux qui aiment le Seigneur pardessus toutes choses lui font défaut dans l'exercice de ses actions.
Soyez-en persuadés: pour gagner le ciel, nous devons nous engager librement, avec une résolution totale, constante et volontaire. Mais la liberté ne se suffit pas a elle-même: elle requiert une direction, un guide. Il n'est pas possible a l'âme de n'être dirigée par personne; c'est pourquoi elle a été rachetée: pour que le Christ “ dont le joug est doux et le fardeau léger (Mt XI, 3 0) règne sur elle, et non point le diable dont le royaume est odieux.
Repoussez l'erreur de ceux qui se contentent d'une triste vocifération: liberté! liberté! Souvent, ce qui se cache derrière cette clameur, c'est une tragique servitude: car un choix qui préfère l'erreur ne libère pas; le Christ seul libère puisque Lui seul est le Chemin, la Vérité et la Vie.
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Demandons-nous de nouveau en présence de Dieu: Seigneur, pourquoi nous as-Tu donne ce pouvoir? Pourquoi as-Tu déposé en nous cette faculté de Te choisir ou de Te repousser ? Tu désires que nous usions à bon escient de cette attitude qui est la nôtre. Seigneur que veux-Tu que je fasse ? Et la réponse vient, claire, précise: tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Voyez-vous ce que je veux dire ? La liberté acquiert son sens authentique lorsqu'on l'exerce au service de la vérité qui rachète, lorsqu'on en use pour rechercher l'Amour infini d'un Dieu qui nous libère de toutes les servitudes. J'ai un désir chaque jour plus grand d'annoncer aux quatre vents cette insondable richesse du chrétien: la liberté de la gloire des enfants de Dieu. C'est en cela que se résume la volonté droite qui nous enseigne à rechercher le bien après l'avoir distingue du mal.
J'aimerais que vous méditiez un point fondamental qui nous met face à la responsabilités de notre conscience. Personne ne peut choisir à notre place: voici le degré suprême de dignité chez les hommes: qu'ils se dirigent par eux-mêmes et non par un autre vers le bien. Nous sommes nombreux à avoir hérité de nos parents la foi catholique et, par la grâce de Dieu, au moment où nous avons reçu le baptême, a peine nés, la vie surnaturelle a commence dans nos âmes, Mais nous devons renouveler au long de notre existence, et même au long de chaque journée, notre détermination d'aimer Dieu par-dessus toutes choses. Seul est vraiment chrétien celui qui se soumet au pouvoir du Verbe unique de Dieu, celui qui ne met pas de conditions à cette soumission respectueuse, qui est résolu à adopter, pour résister à la tentation diabolique, la même attitude que le Christ: c'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c'est à Lui seul que tu rendras un culte.
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L'amour de Dieu est jaloux; il ne lui plaît pas que l'on vienne a son rendez-vous en posant des conditions: Il attend avec impatience le moment où nous nous donnerons totalement, où nous ne garderons plus dans notre coeur de recoins obscurs, fermés à la joie et à l'allégresse de la grâce et des dons surnaturels. Mais peut-être penserez-vous: et répondre oui à cet Amour exclusif, n'est-ce pas perdre sa liberté ?
Avec l'aide du Seigneur qui, par sa lumière, préside ce moment de prière, je souhaite, pour vous et pour moi, que ce thème soit encore mieux explicite. Nous savons tous par expérience que personne ne peut servir le Christ sans expérimenter la douleur et la fatigue. Nier cette réalité, c'est affirmer que l'on n'a pas rencontre Dieu. L'âme éprise sait, lorsque survient cette douleur, qu'il s'agit d'une impression passagère et elle a tôt fait de découvrir que le joug est doux et le fardeau léger car c'est Lui qui le porte sur ses épaules, tout comme il a embrassé le bois de la Croix lorsque notre félicité éternelle était en jeu. Mais il est des hommes qui ne comprennent pas, qui élèvent contre le Créateur un cri de rébellion de rébellion impuissante, mesquine, triste répétant aveuglement la plainte inutile que recueille le Psaume: brisons leurs entraves et jetons loin de nous leurs chaînes. Ils se refusent à accomplir, dans un silence héroïque, avec naturel, sans éclat et sans lamentations, la dure tâche de chaque jour. Ils ne comprennent pas que, même lorsqu'elle se présente sous des aspects de douleur, d'une exigence qui blesse, la Volonté divine coïncide exactement avec la liberté, qui ne réside qu'en Dieu et en ses desseins.
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Ce sont des âmes qui dressent des barricades avec la liberté. Ma liberté! ma liberté! Ils l'ont et n'en usent pas; ils la regardent, ils la dressent comme une idole de terre à l'intérieur de leur entendement étroit. Est-ce bien là la liberté ? Quel profit tirent-ils de cette richesse s'ils n'ont pas pris un engagement sérieux qui oriente toute leur existence ? Adopter un tel comportement, c'est aller à l'encontre de la dignité, de la noblesse de la personne humaine. Il manque l'itinéraire, le chemin dégagé qui donnera un sens a nos pas sur la terre: et ce sont ces âmes vous en avez connu comme moi qui, ensuite, se laisseront entraîner par la vanité puérile, par la présomption égoïste, par la sensualité.
Leur liberté reste stérile, ou bien elle produit des fruits ridicules, même humainement parlant. Celui qui ne choisit pas, en pleine liberté, une règle de conduite droite finira tôt ou tard par se laisser gouverner par les autres, il vivra dans l'indolence en parasite assujetti a ce que l'es autres détermineront, Il s'exposera a se voir ballotte a tout vent et d'autres décideront toujours pour lui. Ce sont des nuages sans eau, poussés de-ci, de-là par les vents, des arbres d'automne sans fruits, deux fois morts, sans racines, même s'ils se cachent derrière un continuel bavardage ou derrière des palliatifs par lesquels ils tentent d'estomper leur absence de caractère, de courage et d'honneur.
Mais personne ne me contraint! répètent-ils obstinément. Personne ? Tout contraint cette liberté illusoire, qui n'ose pas accepter, avec responsabilités, les conséquences d'actes libres, personnels. La ou il n'y a pas d'amour de Dieu, règne une absence totale d'exercice individuel et responsable de la Liberté personnelle; et malgré les apparences tout n'y est que contrainte. L'indécis, l'irrésolu est tel une matière que les circonstances modèlent à leur gré. N'importe qui le façonne selon son bon plaisir, à commencer par les passions et les pires tendances de la nature blessée par le péché.
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Rappelez-vous la parabole des talents. Le serviteur qui n'en avait reçu qu'un aurait pu comme ses compagnons en faire un bon usage, faire en sorte qu'il produise, en mettant en oeuvre ses capacités. Et que décide-t-il ? La peur de le perdre le fait hésiter. Fort bien. Mais ensuite ? Il l'enterre ! Et ce trésor ne produit pas de fruit.
N'oublions jamais ce cas de peur maladive de tirer profit honorablement de sa capacités de travail, de son intelligence, de sa volonté de l'homme tout entier! Je l'enterre, semble affirmer ce malheureux, mais ma liberté est sauve! Non. Sa liberté a penché pour quelque chose de très concret, pour la sécheresse la plus pauvre et la plus aride. Elle a pris parti, car elle ne pouvait faire autrement que de choisir: mais elle a mal choisi.
Il n'y a rien de plus faux que d'opposer la liberté au don de soi, car le don de soi est une conséquence de la liberté. Considérez que lorsqu'une mère se sacrifie pour ses enfants, elle a choisi ; et c'est a la mesure de cet amour que se manifestera sa liberté. Plus cet amour est grand, plus la liberté sera féconde; et le bonheur de ses enfants provient de cette liberté bénie (qui implique le don de soi); il procède de ce don bienheureux qu'est justement la liberté.
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Mais, me demanderez-vous, lorsque nous atteindrons ce que nous aimons de toute notre âme, nous ne continuerons plus à chercher. La liberté aura-t-elle disparu ? Je vous assure qu'elle sera alors plus opérante que jamais, car l'amour ne se contente pas d'une observance routinière, et n'est guère compatible non plus avec l'ennui ou avec l'apathie. Aimer, c'est recommencer chaque jour à servir, avec plus d'amour.
J'insiste et je voudrais l'imprimer en lettres de feu en chacun de vous: la liberté et le don de soi ne se contredisent pas; ils se soutiennent mutuellement. On ne donne sa liberté que par amour; je ne conçois pas d'autre type de détachement. Ce n'est pas là un jeu de mots plus ou moins réussi. Quand on se donne volontairement, c'est a chaque instant que, dans ce service, la liberté renouvelle l'amour. Or se renouveler, c'est être continuellement jeune, généreux, capable de grands idéaux et de grands sacrifices. Je me souviens de la joie que j'éprouvai lorsque j'appris qu'en portugais on appelle les jeunes os novos. C'est bien ce qu'ils sont, en effet. Je vous rapporte cette anecdote parce que j'ai un bon nombre d'années derrière moi. Pourtant lorsque je prie, au pied de l'autel, le Dieu qui réjouit ma jeunesse, je me sens très jeune et je sais que, jamais, je ne parviendrai à me considérer vieux. Si je demeure fidèle à mon Dieu, l'Amour me vivifiera continuellement: ma jeunesse se renouvellera comme celle de l'aigle.
Par amour de la liberté, nous nous lions. Seul l'orgueil donne à ces liens le poids d'une chaîne. La vraie humilité que nous enseigne Celui qui est doux et humble de coeur nous montre que son joug est doux et son fardeau léger: le joug c'est la liberté, le joug c'est l'amour, le joug c'est l'unité, le joug c'est la vie qu'Il nous a gagnée sur la Croix.
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Tout au long de mes années de sacerdoce, je n'ai cesse de prêcher que dis-je, de crier mon amour de la liberté personnelle. Et je remarque chez certains un air de méfiance, comme s'ils craignaient que la défense de la liberté ne recelât un danger pour la foi. Que ces pusillanimes se rassurent. Seule une interprétation erronée de la liberté contredit la foi: une liberté dépourvue de tout but, de toute forme objective, de toute loi, de toute responsabilité. En un mot, le libertinage. Malheureusement, c'est cela que quelques-uns défendent; c'est cette revendication-là qui constitue un attentat contre la foi.
C'est pourquoi il n'est pas exact de parler de liberté de conscience, car cela revient à considérer comme moralement bon le fait que l'homme repousse Dieu. Nous avons déjà rappelés que nous pouvons nous opposer aux desseins rédempteurs du Seigneur: nous pouvons le faire, mais nous ne le devons pas. Et si quelqu'un adoptait délibérément cette attitude, il pecherait parce qu'il transgresserait le premier et le plus fondamental des commandements: tu aimeras Yahvé de tout ton coeur.
Quant à moi, je défends de toutes mes forces la liberté des consciences, selon laquelle il n'est permis à personne d'empêcher que la créature rende à Dieu le culte qui Lui est dû. Il faut respecter la soif légitime de vérité: l'homme a l'obligation grave de chercher le Seigneur, de Le connaître et de L'adorer, mais personne sur la terre ne doit se permettre d'imposer au prochain la pratique d'une foi qui lui fait défaut; de même que personne ne peut s arroger le droit de faire du tort à celui qui l'a reçue de Dieu.
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Notre Sainte Mère l'Eglise s'est toujours prononcée pour la liberté et elle a rejeté tous les fatalismes, les anciens et les moins anciens. Elle a souligne que chaque âme est maîtresse de son destin, pour le bien ou pour le mal: et ceux qui ne se sont pas écartés du bien iront à la vie éternelle; et ceux qui ont commis le mal au feu éternel. L'existence en nous tous, en toi et en moi, d'une telle possibilité n'a jamais cessé de nous atterrer, bien qu'elle soit le signe de notre noblesse. Il est tellement vrai que le péché est un mal voulu qu'il ne serait nullement péché s'il n'avait son principe dans la volonté: cette affirmation revêt une telle évidence qu'elle fait l'unanimité du petit nombre de sages et du grand nombre d'ignorants qui habitent le monde.
J'élève de nouveau mon coeur en action de grâces vers mon Dieu, mon Seigneur, car rien ne L'empêchait de nous créer impeccables, doués d'un élan irrésistible vers le bien, mais Il a jugé que ses serviteurs seraient meilleurs s'ils Le servaient librement. Quelle grandeur il y a dans l'amour et la miséricorde de notre Père! Face à la réalité de ses folies divines pour ses fils, j'aimerais avoir mille bouches, mille coeurs, et plus encore, afin de vivre dans une continuelle louange de Dieu le Père, de Dieu le Fils, de Dieu le Saint-Esprit. Songez que le Tout-Puissant, Celui qui, par sa Providence, gouverne l'Univers, ne veut pas d'esclaves; Il préfère avoir des enfants libres. Bien que nous naissions proni ad peccatum, enclins au péché par la chute du premier couple, Il a mis dans l'âme de chacun de nous une étincelle de son intelligence infinie, l'attrait du bien, une soif de paix sans fin. Et Il nous amené a comprendre que nous atteignons la vérité, la félicite et la liberté lorsque nous nous efforçons de faire germer en nous cette semence de vie éternelle.
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Répondre non à Dieu, repousser ce principe de félicite nouvelle et éternelle, voilà qui relève du pouvoir de la créature. Mais si elle agit ainsi, elle cesse d'être fille pour se transformer en esclave. Toute créature est telle qu'il convient à sa nature; c ' est pourquoi, lorsque l'une d'elles recherche quelque chose d étranger, elle n'agit pas selon sa propre manière d ' être, mais sous une impulsion étrangère; et cela est servile. L'homme est rationnel par nature. Lorsqu'il se comporte selon la raison, il procède de son propre mouvement, conformément a ce qu'il est: et cela est le propre de la liberté. Lorsqu'il pèche, il agit hors de la raison; il se laisse alors conduire par un autre; il est sujet, retenu en des confins étrangers; c'est pourquoi, celui qui accepte le péché est l'esclave du péché (Jn 8. 34).
Permettez-moi d'insister sur ce point; il est évident, et nous pouvons le constater fréquemment autour de nous et en nous-mêmes, qu'aucun homme n'échappe à une certaine servitude. Les uns se prosternent devant l'argent; d'autres adorent le pouvoir; d'autres la relative tranquillité du scepticisme; d'autres découvrent leur veau d'or dans la sensualité. Et il en est de même des choses nobles. Nous pouvons nous adonner à une tâche, à une entreprise de dimensions plus ou moins grandes, à l'accomplissement d'un travail scientifique, artistique, littéraire, spirituel. S'il y met tout son effort, s'il y met une véritable passion, celui qui s'y attache vit en esclavage, et il se consacre avec joie au service de la finalité de son labeur.
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Esclavage pour esclavage, si, de toute façon, nous devons servir puisque la condition humaine, que nous l'admettions ou non, consiste en cela, il n'est rien de meilleur que de se savoir, par Amour, esclaves de Dieu. Car, dès lors, nous perdons la condition d'esclaves; nous devenons des amis, des fils. Et c'est là qu'apparaît la différence: nous faisons face aux honnêtes occupations du monde avec la même passion, la même persévérance que les autres, mais avec la paix au fond de l'âme; avec joie et sérénité au sein même des contradictions, car nous ne mettons pas notre confiance dans ce qui passe, mais dans ce qui reste pour toujours. Nous ne sommes pas les enfants d'une servante mais de la femme libre.
D'où nous vient cette liberté; Du Christ Notre Seigneur. C'est la liberté avec laquelle Il nous a rachetés. C'est pourquoi Il enseigne: si donc le Fils vous affranchit vous serez réellement libres. Nous, les chrétiens, nous n'avons à demander à personne le vrai sens de ce don, car l'unique liberté qui sauve l'homme est chrétienne.
Je me plais à parler de l'aventure de la liberté, car c'est ainsi que se déroule votre vie et la mienne. Librement comme des enfants et, pardonnez-moi si j'insiste, non comme des esclaves nous suivons le sentier que le Seigneur a trace pour chacun de nous. Nous savourons cette facilité de mouvement comme un don de Dieu.
Librement, sans aucune contrainte, parce que telle est ma volonté, je me décide pour Dieu. Et je m'engage à servir, à transformer mon existence en un don aux autres, par amour de mon Seigneur Jésus. Cette liberté me pousse à proclamer que rien sur la terre ne me séparera de la charité du Christ.
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Au commencement Dieu a créé l'homme, et Il l'a confie a son libre arbitre (Si 15, 14). Il n'en serait pas ainsi s'il n'avait pas de libre choix. Nous sommes responsables devant Dieu de toutes les actions que nous accomplissons librement. Ici, point d'anonymat. L'homme se trouve face à son Seigneur, et il est en son pouvoir de se résoudre à vivre comme son ami ou comme son ennemi. Ainsi commence le cheminement de la lutte intérieure, qui est l'affaire de toute la vie, car tant que dure le passage sur la terre, nul n'atteint la plénitude de sa liberté.
En outre notre foi chrétienne nous amené a assurer à tous un climat de liberté, en commençant par bannir tout type de contraintes trompeuses dans la présentation de la foi. Si l'on doit nous traîner jusqu'au Christ, nous croyons sans vouloir; on use alors de la violence et non de la liberté. On peut entrer dans l'Église sans le vouloir; on peut s'approcher de l'autel sans le vouloir; on peut, sans le vouloir, recevoir le Sacrement. Mais seul peut croire celui qui le veut. Et il est évident que, une fois parvenu à l'âge de raison, la liberté personnelle doit s'exercer lors de l'entrée dans l'Eglise et pour répondre aux appels continuels que le Seigneur nous adresse.
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Dans la parabole des invites au festin, le père de famille, informe que certains de ceux qui devaient venir à la fête avaient invoque des excuses astucieuses mais fausses, ordonne à son serviteur: va t'en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force compelle intrare. N'est-ce pas là contraindre les gens ? N'est-ce pas user de violence contre la liberté légitime de chaque conscience ?
Si nous méditons l'Evangile, et si nous examinons les enseignements de Jésus, nous ne confondrons pas ces ordres avec la contrainte. Voyez comment le Christ insinue toujours: si tu veux être parfait..., si quelqu'un veut venir à ma suite ... Ce compelle intrare ne comporte aucune violence, ni physique ni morale. Il reflète la force de l'exemple chrétien qui montre dans sa façon d'être la puissance de Dieu: voyez comment le Père exerce son attraction; Il réjouit tout en enseignant, sans imposer de nécessité. C'est ainsi qu'Il attire vers Lui .
Lorsqu'on respire cette atmosphère de liberté, on comprend que mal agir n'est pas une libération mais un esclavage. Celui qui pèche contre Dieu conserve son libre arbitre quant a la liberté contrainte, mais il l'a perdu quant à la liberté faute. Il dira peut être qu'il s'est comporte conformément à ses préférences, mais quand il voudra parler de liberté, sa voix sonnera faux car il se sera fait l'esclave de ce qu'il aura choisi, et il aura fait le pire des choix, le choix de l'absence de Dieu, et là, il n'est pas de liberté.
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Je vous le répète: je n'accepte pas d'autre esclavage que celui de l'Amour de Dieu. Et cela parce que, comme je vous l'ai expliqué en d'autres occasions, la religion est la plus grande révolte de l'homme qui ne tolère pas de vivre comme une bête, qui ne se résigne pas, qui ne s'apaise pas avant de fréquenter et de connaître le Créateur. Je vous veux rebelles, libres de tout lien, car je vous veux le Christ nous veut enfants de Dieu. Esclavage ou filiation divine: voilà le dilemme de notre vie. Ou fils de Dieu ou esclaves de la vanité, de la sensualité, de cet égoïsme angoissant dans lequel tant d'âmes paraissent se débattre.
L'Amour de Dieu marque le chemin de la vérité, de la justice, du bien. Lorsque nous nous décidons a répondre au Seigneur: ma liberté est à Toi, nous sommes du même coup libérés de toutes les chaînes qui nous liaient à des futilités, à des préoccupations ridicules, à des ambitions mesquines. Et la liberté ce trésor incalculable, cette perle merveilleuse qu'il serait triste de jeter aux bêtes est tout entière consacrée à apprendre à faire le bien.
Voilà la liberté glorieuse des enfants de Dieu! Les chrétiens qui céderaient au découragement, qui se montreraient timorés ou envieux devant le libertinage de ceux qui n'ont pas accueilli la Parole de Dieu, démontreraient qu'ils ont une piètre idée de notre foi. Si nous accomplissons vraiment la Loi du Christ si nous nous efforçons de l'accomplir, car nous n'y parviendrons pas toujours nous nous découvrirons doues de cette merveilleuse vigueur de l'esprit qui n'a point besoin d'aller chercher ailleurs le sens de la liberté humaine la plus pleine.
Notre foi n'est pas un fardeau ni une limitation. De quelle pauvre idée de la vérité chrétienne ferait preuve celui qui raisonnerait ainsi! En choisissant Dieu, nous ne perdons rien, nous gagnons tout: celui qui, au prix de son âme, aura trouvé sa vie la perdra, et celui qui aura perdu sa vie à cause de moi, la retrouvera.
Nous avons tiré la carte gagnante et obtenu le premier prix. Lorsque quelque chose nous empêchera de voir cela clairement, nous devrons examiner le fond de notre âme: peut-être y a-t-il peu de foi, peu de contact personnel avec Dieu, peu de vie de prière. Nous devrons demander au Seigneur, à travers sa Mère et notre Mère, d'augmenter notre amour pour Lui, de nous accorder de goûter la douceur de sa présence. Car c'est seulement en aimant qu'on parvient a la liberté la plus pleine: celle de ne vouloir abandonner jamais, pour toute l'éternité, l'objet de nos amours.
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