Amis de Dieu > Vertus humaines > Point 84
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La tempérance est maîtrise de soi. Tout ce que nous réclament notre corps et notre âme ne doit pas être satisfait sans plus. Tout ce qui peut se faire n'est pas bon à faire. Il est plus facile de se laisser entraîner par les impulsions que l'on appelle naturelles; mais l'on rencontre au terme de ce chemin la tristesse, l'isolement dans la misère personnelle.

Certains ne veulent rien refuser à l'estomac, aux yeux, aux mains; ils refusent d'écouter ceux qui leur conseillent de mener une vie honnête. Ils utilisent de façon désordonnée la faculté d'engendrer — réalité noble, participation au pouvoir créateur de Dieu —, comme si elle était un instrument au service de l'égoïsme.

Mais parler d'impureté ne m'a jamais plu. Je veux examiner les fruits de la tempérance, je veux voir l'homme vraiment homme, détaché de ces choses qui brillent sans pour autant avoir de valeur, telles ces babioles dont s'empare la pie. Cet homme sait se passer de ce qui nuit à son âme, et il se rend compte que son sacrifice n'est qu'apparent: parce qu'en vivant de la sorte — avec le sens du sacrifice — il se délivre de beaucoup d'esclavages et il parvient, dans l'intimité de son coeur, à savourer tout l'amour de Dieu.

La vie retrouve alors les nuances que l'intempérance estompait ; nous sommes en mesure de nous préoccuper des autres, de partager ce qui nous appartient avec tout le monde, de nous consacrer à de grandes tâches. La tempérance éduque l'âme dans la sobriété, la modestie, la compréhension; elle lui procure une modestie naturelle qui est toujours attrayante, tant il est vrai que la suprématie de l'intelligence se remarque dans la conduite. La tempérance n'implique pas limitation, mais grandeur. Il y a davantage de privation dans l'intempérance, où le coeur abdique pour suivre le premier tintement de grelots qui résonne à son oreille.

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