Josemaría Escrivá Obras
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On peut penser, sans doute, que, jusqu'à présent, l'Opus Dei a été favorisé par l'enthousiasme des premiers membres, même s'ils sont déjà plusieurs milliers. Existe-t-il quelque mesure qui assure la continuité de l'OEuvre contre le risque, naturel à toute institution, d'un éventuel refroidissement de la ferveur et de l'impulsion initiales ?

— L'OEuvre ne se fonde pas sur l'enthousiasme, mais sur la foi. Les années du début — de longues années — furent très dures et l'on n'y voyait que difficultés. L'Opus Dei est allé de l'avant par la grâce divine, ainsi que par la prière et le sacrifice des premiers membres, en l'absence de tout recours humain. Il n'y avait que jeunesse, bonne humeur et désir d'accomplir la volonté de Dieu.

Dès le début, l'arme de l'Opus Dei a été la prière, la vie offerte, le renoncement silencieux à tout égoïsme, pour le service des âmes. Comme je le disais tout à l'heure, on vient à l'Opus Dei recevoir un esprit qui induit précisément à tout donner, sans cesser de travailler professionnellement par amour pour Dieu et, à travers Lui, pour ses créatures.

La garantie qu'un refroidissement ne se produira pas et que mes fils ne perdront jamais cet esprit ? Je sais que les oeuvres humaines s'usent avec le temps ; mais cela ne se produit pas pour les oeuvres divines, à moins que les hommes ne les avilissent. C'est lorsqu'on perd l'impulsion divine qu'apparaissent la corruption, la décadence, et alors seulement. Dans notre cas, l'intervention de la Providence est clairement visible, qui a fait — en si peu de temps, quarante années — que cette vocation divine spécifique soit reçue et exercée, parmi les citoyens ordinaires, pareils aux autres, dans des nations si diverses.

L'Opus Dei a pour fin, je le répète une fois de plus, la sainteté de chacun de ses membres, hommes et femmes, au lieu même qu'ils occupaient dans la société. Si l'on ne vient pas à l'Opus Dei pour devenir saint, en dépit de ses faiblesses — c'est-à-dire en dépit de ses propres misères, de ses erreurs personnelles —, on en sortira aussitôt. Je pense que la sainteté appelle la sainteté, et je demande à Dieu que cette conviction profonde, cette vie de foi ne fassent jamais défaut dans l'Opus Dei. Comme vous le voyez, nous ne nous fions pas exclusivement à des garanties humaines ou juridiques. Les oeuvres que Dieu inspire évoluent au rythme de la grâce. La seule recette que j'aie, la voici : être saints, vouloir être saints, d'une sainteté personnelle.

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