Josemaría Escrivá Obras
 
 
 
 
 
 
  Entretiens > La femme dans la vie du monde et de l'Église > Point 89
89

Pardonnez-moi d'insister sur le sujet : nous savons, par les lettres qui parviennent à la rédaction, que certaines mères de famille nombreuse se plaignent de se voir réduites à mettre au monde des enfants et éprouvent une grande insatisfaction de ne pas pouvoir consacrer leur vie à d'autres activités : travail professionnel, accès à la culture, projection d'ordre social Quels conseils donneriez-vous à ces personnes ?


— Mais voyons un peu : qu'est-ce qu'une projection d'ordre social si ce n'est se donner aux autres dans un sens de dévouement et de service, et contribuer efficacement au bien de tous ? Le travail de la femme chez elle n'est pas seulement en soi une fonction sociale, mais encore il peut aisément être la fonction sociale de plus grande envergure.

Supposons que cette famille soit nombreuse, le travail de la mère est alors comparable — et, dans bien des cas, elle gagne à cette comparaison — à celui des éducateurs et pédagogues professionnels. Un professeur, au long de toute une vie peut-être, parvient à former plus ou moins un certain nombre de garçons ou de filles. Une mère peut former ses enfants en profondeur, sur les points essentiels, et elle peut faire d'eux à leur tour d'autres éducateurs, en sorte qu'il se crée une suite ininterrompue de responsabilité et de vertus.

Il est également facile en ces matières de se laisser séduire par des critères d'ordre purement quantitatif et de penser que le travail d'un professeur vaut davantage, puisqu'il voit défiler, dans ses classes, des milliers d'élèves, ou encore le travail d'un écrivain qui s'adresse à des milliers de lecteurs. Bien, mais ce professeur ou cet écrivain, combien d'êtres ont-ils vraiment formés ? Une mère a la charge de trois, cinq, dix enfants ou plus ; et elle peut faire d'eux une véritable oeuvre d'art, une merveille d'éducation, d'équilibre, de compréhension, de sens chrétien de la vie, en sorte qu'ils soient heureux et parviennent à être vraiment utiles aux autres.

D'un autre côté, il est normal que les fils et les filles aident leur mère dans les travaux de la maison : une mère qui sait bien élever ses enfants peut l'obtenir et disposer ainsi de loisirs, d'un temps qui — bien mis à profit — lui permettra de cultiver ses goûts et ses talents personnels et d'enrichir sa culture. Heureusement, de nos jours, il ne manque pas de moyens techniques, qui épargnent, comme vous le savez, beaucoup de travail, si on sait les employer convenablement et en tirer tout le parti possible. En cela, comme en tout, les conditions personnelles sont déterminantes : il y a des femmes qui ont le dernier modèle de machine à laver et qui passent plus de temps à leur lessive — et la font moins bien — que lorsqu'elles la faisaient à la main. Les instruments ne sont utiles que si l'on sait s'en servir.

Je connais beaucoup de femmes mariées, avec nombre d'enfants, qui mènent bien leur maison et trouvent en plus le temps de collaborer à des travaux d'apostolat, comme le faisait ce ménage de la chrétienté primitive : Aquila et Priscille. Tous deux exerçaient chez eux leur métier, et ils furent de magnifiques collaborateurs de saint Paul ; grâce à leur exemple et à leur parole, ils ramenèrent à la foi de Jésus-Christ Apollos qui fut, plus tard, un grand prédicateur de l'Église naissante. Comme je l'ai déjà dit, une grande partie des limitations peuvent être surmontées, si on le veut vraiment, sans pour autant négliger aucun devoir. En réalité, il y a du temps pour faire beaucoup de choses : pour faire marcher sa maison dans un sens professionnel, pour se donner aux autres sans arrêt, pour améliorer sa propre culture et enrichir celle des autres, pour réaliser nombre de travaux efficaces.

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