Josemaría Escrivá Obras
 
 
 
 
 
 
  Quand le Christ passe > Le coeur du Christ, paix des chrétiens > Point 163
163

je ne peux résister au désir de vous confier quelque chose qui est pour moi à la fois une peine et un stimulant: la pensée qu'il y a encore tant d'hommes qui ne connaissent pas le Christ, qui n'ont même pas l'avant-goût de ce bonheur intime qui nous attend au ciel, et qui cheminent sur terre comme des aveugles à la recherche d'une joie dont ils ignorent le vrai nom, ou bien égarés sur des voies qui les éloignent de plus en plus du vrai bonheur. Comme l'on comprend ce qu'a dû ressentir l'apôtre Paul, dans cette nuit qu'il passa à Troade, lorsque, parmi ses rêves, surgit cette vision: un Macédonien était là, debout, qui lui adressait cette prière: “ Passe en Macédoine, viens à notre secours! Aussitôt après cette vision, ils cherchèrent — Paul et Timothée — à partir pour la Macédoine, persuadés que Dieu les appelait à l'évangéliser.

Ne sentez-vous pas, vous aussi, que Dieu nous appelle, qu'Il nous pousse — à travers tout ce qui se passe autour de nous — à proclamer la Bonne Nouvelle de la venue de Jésus ? Mais nous, les chrétiens, nous enlevons bien souvent à notre vocation de sa grandeur, nous sombrons dans la superficialité, nous perdons notre temps en polémiques et en rancoeurs. Quand il ne s'agit pas, ce qui est pire encore, du scandale hypocrite de certains, devant d'autres manières que la leur de vivre tel ou tel aspect de la foi, telle ou telle dévotion. Alors, au lieu d'ouvrir eux-mêmes un chemin, et de s'efforcer de vivre selon ce qui leur semble être bon, ils se consacrent à critiquer et à détruire. Il peut bien sûr apparaître, et il apparaît en fait, des déficiences dans la vie des chrétiens. Mais l'important, ce n'est pas nous, ni nos misères: la seule réalité qui compte, c'est Jésus. C'est du Christ que nous devons parler, non de nous-mêmes.

Ce sont certains commentaires relatifs à une prétendue crise de la dévotion au Sacré Coeur de Jésus, qui m'ont inspire les réflexions que je viens de faire. Cette crise n'existe pas; la vraie dévotion fut et reste toujours une attitude vivante, pleine de sens humain et de sens surnaturel. Ses fruits ont été et sont toujours savoureux: la conversion, le don de soi, l'accomplissement de la volonté de Dieu, la pénétration, à la lumière de l'amour, des mystères de la Rédemption.

Je n'en dirai pas autant, par contre, des manifestations de sentimentalisme inefficace, à force de carence de doctrine et d'excès de piétisme. Elles ne me plaisent pas non plus, ces images maniérées, ces figures du Sacré-Coeur incapables de suggérer une dévotion sincère à des personnes douées de bon sens surnaturel chrétien. Mais ce n'est pas faire preuve d'une logique rigoureuse que de faire de certains usages abusifs, qui finissent par disparaître d'eux-mêmes, un problème doctrinal et théologique.

Si l'on peut parler de crise, c'est du coeur des hommes qu'elle naît, car ils n'arrivent pas — par myopie, par égoïsme, par étroitesse de vue — à entrevoir l'insondable amour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dès l'institution de la fête d'aujourd'hui, la liturgie de la sainte Eglise a su offrir un aliment à la véritable piété, en choisissant pour la lecture de la Messe, un passage des épîtres de saint Paul qui nous propose tout un programme de vie contemplative — connaissance et amour, prière et vie — à partir de cette dévotion au Coeur de Jésus. C'est Dieu lui-même qui, par la bouche de son Apôtre, nous invite à nous avancer sur ce chemin: Que le Christ habite en vos coeurs par la foi, et que vous soyez enracines, fondes dans l'amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l'amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.

Cette plénitude de Dieu nous est révélée et conférée dans le Christ, dans l'Amour du Christ, dans le Coeur du Christ. Car c'est le Coeur de Celui en qui habite, corporellement, toute la Plénitude de la Divinité. Voilà pourquoi, si nous perdions de vue ce grand dessein de Dieu — ce courant d'amour instauré dans le monde par l'Incarnation, la Rédemption et la Pentecôte — nous ne comprendrions plus les délicatesses du Coeur du Seigneur.

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