Josemaría Escrivá Obras
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L'année liturgique s'acheve. Dans le saint Sacrifice de l'Autel, nous renouvelons l'offrande faite au Père de la Victime, le Christ, qui est, comme nous le lirons dans quelques instants dans la Préface, Roi de sainteté et de grâce, Roi de justice, d'amour et de paix. En contemplant la sainte Humanité de Notre Seigneur vous ressentez tous une immense joie en votre âme: un Roi avec un coeur de chair comme le nôtre; l'auteur de l'univers et de chacune de ses créatures, qui n'impose pas sa domination mais mendie un peu d'amour en nous montrant en silence les plaies de ses mains.

Pourquoi tant de gens L'ignorent-ils ? Pourquoi entendons-nous encore cette dure clameur: nolumus hunc regnare super nos, nous ne voulons pas qu'Il règne sur nous? Il y a ainsi sur terre des millions d'hommes qui s'opposent à Jésus-Christ, ou plutôt à son ombre, car le Christ, ils ne Le connaissent pas; ils n'ont pas vu la beauté de son visage et ne savent rien de sa merveilleuse doctrine.

Ce triste spectacle me donne l'envie de réparer. En écoutant cette clameur incessante, faite d'actes abominables plus que de mots, je ne peux m'empêcher de crier très fort: opportet illum regnare, il faut qu'Il règne.

Beaucoup de gens ne peuvent supporter que règne le Christ; ils s'opposent donc à Lui de mille manières: dans les grands projets du monde comme dans les relations humaines et dans les coutumes, dans la science comme dans les arts, et même jusque dans la vie de l'Eglise! Je ne parle pas, écrit saint Augustin, des dépraves qui blasphèment contre le Christ. En effet, peu blasphèment avec la bouche. En revanche nombreux sont ceux qui blasphèment par leur conduite.

L'expression même de Christ Roi gêne certains pour une question superficielle de terminologie, comme si le règne du Christ pouvait être confondu avec des slogans politiques, ou parce que le fait d'admettre la royauté du Seigneur les amènerait à reconnaître une loi. Ils ne tolèrent pas la loi, pas même celle du doux précepte de la charité. En effet, ils ne veulent pas s'approcher de l'amour de Dieu et leur ambition se limite à la satisfaction de leur égoïsme personnel.

Le Seigneur m'a poussé à répéter depuis longtemps ce cri silencieux: serviam ! je servirai. Qu'Il augmente en nous cette soif de nous donner, de répondre avec fidélité à son appel divin, au milieu de la rue, avec naturel, sans apparat, sans bruit. Rendons-Lui grâces du fond du coeur. Adressons-Lui notre humble prière d'enfants. Notre langue et notre palais se rempliront alors de lait et de miel; et ce sera pour nous un délice de parler du Royaume de Dieu, royaume de liberté, de cette liberté qu'Il nous à gagnée.

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