Josemaría Escrivá Obras
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Certains, ici et là, entendent parler de chasteté et sourient. Leur rire, un rictus, est sans joie, sans vie, grinçant. La plupart, répètent-ils, n’y croient pas ! Je disais volontiers aux jeunes qui, il y a si longtemps, m’accompagnaient dans les quartiers et les hôpitaux de la banlieue de Madrid : il existe, voyez-vous, un règne minéral ; puis un autre, le règne végétal, plus achevé, dans lequel la vie est venue s’ajouter à l’existence ; enfin vient un règne animal, formé presque toujours d’êtres doués de sensibilité et de mouvement.

Alors je leur expliquais, d’une manière peut-être peu académique, mais imagée, que nous devrions instituer un autre règne, l’hominien, le règne des humains : en effet, la créature rationnelle possède une intelligence admirable, étincelle de la Sagesse divine, qui lui permet de raisonner pour son propre compte, et cette prodigieuse liberté, grâce à laquelle elle peut accepter ou rejeter telle ou telle chose à son gré.

Or, dans ce règne des hommes, leur disais-je, fort de l’expérience acquise dans ma tâche sacerdotale abondante, le problème du sexe occupe la quatrième ou la cinquième place chez un être normalement constitué. D’abord il y a les aspirations de la vie spirituelle, celles de chacun d’entre nous ; puis immédiatement après les nombreux problèmes qui intéressent l’homme ou la femme ordinaire : leur père, leur mère, leur foyer, leurs enfants. Plus tard, la profession ; enfin en quatrième ou cinquième position, apparaît l’instinct sexuel.

Aussi, quand j’ai rencontré des gens qui faisaient de cette question le thème central de leur conversation, de leurs préoccupations, j’en ai conclu qu’il s’agissait d’anormaux, de pauvres malheureux, peut-être de malades. Et j’ajoutais, ce qui provoquait chez les jeunes auxquels je m’adressais rires et blagues, que ces malheureux m’inspiraient la même pitié que celle que provoquerait en moi la vue d’un enfant difforme dont le tour de tête aurait dépassé un mètre. Ce sont des malheureux et, tout en priant à leur intention, nous sentons monter en nous à leur égard une compassion fraternelle, parce que nous désirons qu’ils guérissent de leur funeste maladie. Mais ils ne sont pas, bien entendu, plus hommes ou plus femmes que ceux qui n’ont pas l’obsession du sexe.

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