Josemaría Escrivá Obras
99

C'est la foi dans le Christ, mort et ressuscité, présent à tous les moments de notre vie -- et en chacun d'entre eux —, qui illumine nos consciences, en nous invitant à participer de toutes nos forces aux vicissitudes et aux problèmes de l'histoire humaine. Dans cette histoire, qui a commencé avec la création du monde, et qui s'achèvera avec la consommation des siècles, le chrétien n'est pas un apatride. C'est un citoyen de la cité des hommes, avec une âme pleine du désir de Dieu, dont il commence à entrevoir l'amour dès cette étape temporelle et dans lequel il reconnaît la fin à laquelle nous sommes appelés, nous tous qui vivons sur terre.

Si mon témoignage personnel peut être de quelque intérêt, je peux dire que j'ai toujours conçu mon travail de prêtre et de pasteur d'âmes comme une tâche visant à situer chacun en face de toutes les exigences de sa vie, en l'aidant à découvrir ce que Dieu lui demande concrètement, sans mettre aucune limite à cette sainte indépendance et à cette bienheureuse responsabilité individuelle qui sont les caractéristiques d'une conscience chrétienne. Cette façon d'agir et cet esprit sont fondes sur le respect de la transcendance de la vérité révélée, et sur l'amour de la liberté de la créature humaine. je pourrais ajouter qu'il se fonde aussi sur la certitude de l'indétermination de l'histoire, ouverte à de multiples possibilités, que Dieu n'a pas voulu fermer.

Suivre le Christ ne signifie pas se réfugier dans le temple, en haussant les épaules devant le developpement de la société, devant les réussites ou les aberrations des hommes et des peuples. La foi chrétienne, au contraire, nous pousse à voir le monde comme une création du Seigneur, à apprécier, par conséquent, tout ce qui est noble et tout ce qui est beau, à reconnaître la dignité de chaque personne, faite à l'image de Dieu, et à admirer ce don très spécial de la liberté, qui nous rend maîtres de nos propres actes et capables, avec la grâce du Ciel, de construire notre destin éternel.

Ce serait rapetisser la foi que de la réduire à une idéologie terrestre, en brandissant un étendard politico-religieux, pour condamner, au nom d'on ne sait quelle investiture divine, ceux qui ne pensent pas de la même manière que nous sur des problèmes qui sont, de par leur nature, susceptibles de recevoir des solutions nombreuses et diverses.

Précédent Voir le chapitre Suivant